◘ Présentation ◘

 ◘ Présentation ◘
Gamériane

passionnée par la Saga de Stephenie Meyer



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R
eplongez vous dans Tentation

Edw
ard a quitté Bella dans les bois de Forks, créant en elle une indicible souffrance que seule l'amitié de Jake restaure peu à peu.
V
ictoria n'a pas abandonné ses envies meurtrres à l'encontre de la jeune humaine, et terrorise encore et toujours la conte de Washington.
Al
ice a vu Bella, sauter d'une falaise de La Push.
Edward croit son amour morte et perdue à tout jamais, et c'est en implorant les Volturis de le tuer à son tour, qu'il part pour Volterra...

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Un chemin,deux destinées.
E
dward rejoint le clan Volturi et devient un assassin impitoyable, sans espoir.
B
ella tourne le dos à son passé douloureux et réapprend à vivre aux côtés de son Loup garou de meilleur ami

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# Posté le mardi 26 mai 2009 18:04

Modifié le mardi 03 novembre 2009 08:30

◘ Chapitre Un ◘ A LA CROISEE DES CHEMINS ◘◘◘◘◘◘◘

◘ Chapitre Un ◘  A LA CROISEE DES CHEMINS ◘◘◘◘◘◘◘
Bella Swan

Alice restait figée, le regard perdu à contempler les lignes du plancher. Quelques secondes plus tôt, j'avais été alarmée par l'intensité de son regard lorsqu'elle avait prononcé le prénom d'Edward.
Edward. Il m'avait abandonné depuis plus de sept mois, désormais, dans les bois humides de Forks. Je m'agrippais de toutes mes forces au bras musclé et doré de Jacob. Je redoutais les paroles d'Alice. Le vampire qui m'avait séduite, l'an passé, m'avait cru morte, et avait l'intention de partir en Italie, dans le but de mettre fin à ses jours. Sauf que je n'étais pas morte. J'avais, certes, sauté d'une falaise escarpée de la Push en pleine tempête, mais le loup qui était à mes côtés depuis plusieurs mois, m'avait sauvé de la noyade, non sans mal. Je haletais, incapable de supporter cette attente, craignant pour la vie de celui qui me l'avait ôté.
_ Ils refusent de le tuer! S'exclama t-elle, avec une pointe de soulagement dans la voix.
Je reprenais une respiration régulière, calmais les battements de mon coeur affolé.
Jacob ne broncha pas, à l'écoute de la nouvelle. Il détestait Edward, plus que quiconque. Son sort lui était égal. Puis le visage d'Alice se décomposa, son teint d'ivoire était incapable de pâlir davantage, cependant ses lèvres devinrent bleuâtres et tremblèrent. Je sentis que j'allais sombrer dans l'inconscience, peu à peu, des tâches sombres obscurcissaient ma vision, mes tempes battaient à tout rompre un rythme assourdissant, une boule s'épanouissait dans ma gorge, m'empêchant de respirer, à nouveau.
_Ils veulent qu'il intègre la garde Volturi... Il....Il vient...d'accepter...murmura la voix éteinte de mon amie.
Je fermais les yeux. Il n'allait pas mourir, pas pour moi. Il avait changé le cours de son destin et du mien, en choisissant de rester en vie. Il renonçait à ses idées suicidaires. Il allait se battre, lutter contre notre amour impossible.
Les Volturi, cette riche famille de vampires était un repaire d'assassins, dont le seul but était d'imposer sa loi sur l'étendue des clans vampires, disséminés un peu partout sur les continents. Du peu que j'en savais, ce n'était pas les fréquentations les plus appropriées pour un adolescent de dix sept ans. Pourtant je préférais mille fois ceci à la mort de mon ancien petit ami. J'abandonnais cette idée en me réfugiant contre l'épaule brulante de Jacob.
_Laisse le s'en aller, Bella. Soupira t-il à mon oreille, avec une infinie douceur.
Ces mots il ne les avait pas prononcé pour me blesser, il m'aimait trop pour cela, non, il voulait que comme Edward, je continue. À vivre. À exister. Il savait mieux que moi à quel point il était important que je fasse le deuil de cet amour, de cet enfer permanent qui m'enfermait chaque jour un peu plus dans la folie.
La mort récente de Harry Clearwater m'avait remis à ma place. La vie était trop précieuse, trop fragile pour être oubliée de cette manière là. Pas quand on a un ami fidèle qui prend soin de vous, pas quand votre père se démène pour vous sortir de votre léthargie. Pas quand votre meilleure amie revient pour vous dire qu'elle vous aime. Je n'avais pas le droit d'abandonner, encore moins de m'enfoncer dans ma démence. J'arrêterais. Je me promettais de renoncer à mes expériences de tête-brûlée. Fini les sauts en falaise, les excursions périlleuses, les courses en motos... je me comporterais désormais avec maturité. Il fallait que je tire un trait sur tout cela, comme Edward venait de décider de tirer un trait sur nous. Il nous fallait grandir.
Jacob prit une longue inspiration, noya ses yeux dans les miens, et je compris qu'il lisait en moi, comme à son habitude. Il esquissa une moue qui se voulait un sourire réconfortant, et entrelaça ses doigts au miens, en silence.



Deux mois s'étaient écoulés depuis la dernière fois que j'avais revu Alice. Elle m'avait quitté en pleine nuit, déposant sur mon lit, un court message.

Je te souhaite le meilleur, Bella. Continue, ne t'arrête pas de vivre et d'aimer. Je reviendrais lorsque tu seras prête, et nous serons à nouveaux amies comme avant, comme toujours.


Je me réveillais aux côtés de Jake. Il ronronnait, profondément endormi, certainement accroché à ses rêves, agréables, si j'en croyais le sourire qui dormait sur ses lèvres.
Victoria menaçait toujours mon existence, nous l'avions revu à plusieurs reprises, en train de sillonner notre territoire, à ma recherche. C'était pour cela, que mon meilleur ami avait pris l'habitude de veiller sur moi à chaque instant. Tacitement, j'avais accepté qu'il entre dans ma vie, qu'il restaure et rebâtisse la ruine que j'avais été, c'est ainsi que peu à peu, nous avions tissé une véritable amitié, muée en un amour naissant, profond. J'aimais Jake, malgré sa maladresse, malgré son impatience et ses sautes d'humeurs. Il était ce port ou je pouvais m'ancrer, ce phare qui me guidait loin des ténèbres de mon passé. Je n'étais plus cette barque délabrée qui sombrait dans l'océan tumultueux de mes souvenirs. Jake m'avait sauvée d'une mort certaine, et j'avais décidé de rester. Pour lui.
Dans un mouvement un peu brusque, il m'attira à lui, dans l'étau de ses bras musclés, je me laissait aller contre lui, aussi molle que de la cire chaude, indolente. Avec lui, je ne souffrais plus. Il battit des paupières, et desserra son emprise, conscient de sa force herculééne.
_Bien dormi? Demandais-je, le sourire aux lèvres.
En guise de réponse, il trifouilla les draps, à la recherche de son t-shirt, un peu gêné, et rougissant. Sa présence à mes côtés dans mon lit était quelque peu déroutante pour l'indien maladroit. Il s'était assoupi sur mon matelas en me racontant les derniers résultats de leur recherche, hélas stérile. Je savait qu'il arpentait chaque jour les bois de Forks et les montagnes de la région dans le but de débusquer Victoria, qui tuait un peu plus autour d'elle d'innocent promeneurs. Par ma faute. Ainsi, je n'avais pas eu le coeur de le réveiller, et je l'avais donc laissé s'endormir, auprès de moi. J'avais apprécié sa présence, me nichant contre lui, caressant de temps à autres les mèches d'ébènes qui s'échappaient de son front.
_Excuse moi...Je...Je me suis...endormi...dans ton...lit. Acheva t-il, les joues incandescentes, et certainement prêt à décamper sitôt que j'aurais réagit.
J'entendis mon rire cristallin, dénué de doute et d'hésitation. Un rire pur. Comme je ne m'étais pas permis de rire depuis longtemps. Je n'avais même pas besoin de réfléchir, de peser le pour et le contre, je savais d'avance ce que j'allais dire. Parce que c'était normal. C'était la suite logique de tous ces évènements qui m'étaient tombés dessus depuis des mois. Je plongeais mes yeux dans les prunelles noires de mon ami, lui communiquant ce sentiment de plénitude dans lequel je baignais. Je posais ma main sur son bras, qui était toujours en train de gambader nerveusement sous les couvertures, et je stoppais net son angoisse.
_Bella...murmura t-il, les yeux agrandis par la stupeur et l'incrédulité.
Je me rapprochais de lui, téméraire et décidée, irradiant de bonheur, parce que le jour s'était levé sur ma nuit. Mes lèvres effleurèrent avec douceur les siennes qui tremblaient sous l'émotion.
_Je suis là, Jake.




Charlie éclata de rire lorsqu'il nous vit descendre les escaliers main dans la main, légèrement anxieux quand à sa réaction. Je connaissais assez mon père pour savoir qu'il ne s'offusquerait pas en découvrant qu'un jeune homme avait passé la nuit avec moi, surtout lorsque le jeune homme en question était Jacob Black, le fils de son meilleur ami. Il donna une tape amicale contre l'épaule de mon ami, tandis qu'il me fit un clin d'oeil éloquent au passage. Mon pére était heureux. Heureux de savoir que j'étais libérée du masque du désespoir, content car mes nuits ne seraient plus jamais interrompues par des cauchemars, fier parce que je faisais face, avec courage, à toutes mes peurs.
_A la bonne heure! S'exclama t-il, nous invitant à partager avec lui notre petit déjeuner.
_Heu...Papa, Si ça peut te rassurer, Jake s'est juste endormi avant de partir, hier soir... bafouillais-je en essayant de sauver les apparences.
En pure perte, car désormais il gratifiait mon ami d'un sourire on ne peut plus parlant. Je levais les yeux au ciel, et m'occupais à verser du lait dans nos céréales, souriant aux réflexions de mon père, grand bien lui fasse.
La journée qui s'annonçait était ensoleillée, une fois n'est pas coutume, et j'étais optimiste. Sous la table, Jake avait discrètement prit ma main dans la sienne, et il étouffait un fou rire devant cette situation incongrue. Finalement, ce fut avec un soulagement non dissimulé que nous vîmes Charlie quitter la cuisine, nous abandonnant enfin.
Un long silence s'installa entre nous, et pendant de longues secondes nous nous contemplâmes, là, ensembles, comme avant. Jacob passa ses doigts entre mes boucles désordonnées et entreprit de me coiffer, tandis que je laissais libre court à mon enthousiasme. Je respirais, à nouveau. Le trou dans ma poitrine se refermait, et chaque parole de jake était un baume qui le soignait, qui comblait la douleur. Je fermais les yeux sur mon passé, bien résolue à ne voir que l'avenir et ses promesses. L'avenir et Jacob Black.

Edward Cullen


Jane Volturi me narguait, de son regard sournois et de sa voix morne, m'enjoignant à l'attaquer. Cela faisait partie de l'entrainement. Je pris en plein fouet une vague de souffrance qui eut pour effet de me clouer au sol, pétrifiant mes muscles, envahissant mon cerveau par toute sorte de sensations douloureuses. J'endurais en silence mon calvaire, guettant le moment ou mon adversaire changerait le cours de ses pensées monotones. Jane n'avait qu'un mot à l'esprit et semblait disposer de l'éternité pour jouer avec. « Ca fait mal?» susurrait sa petite conscience à mon égard. Elle pouvait se permettre d'être aussi sadique, après tout, elle constatait que mon don de télépathie ne servait à rien, face à elle.
Elle me délivra, finalement, aux prix de douloureux efforts, tandis que Ryn m'aidait à me relever. D'un geste, je refusais l'offre et d'un bond je sautais sur mes pieds, à nouveau prêt à subir l'entrainement.
_Ca suffit pour aujourd'hui! Tonna la voix d'Aro, notre maitre.
Je relâchais mes muscles, et pris une profonde inspiration. Je lisais déjà dans l'esprit du vampire la mission qu'il voulait que j'accomplisse. Son test, en quelques sorte. Cela ne faisait pas moins de quatre mois que j'étais à son service, depuis cette matinée d'avril, où il m'avait proposé une alternative à ma mort définitive.
Bella morte, j'avais souhaité mourir, la rejoindre dans l'au delà. Mon existence n'avait plus eu de sens, c'est ainsi que je m'étais retrouvé devant le trône d'Aro , l'implorant de me réduire en charpie et de bruler mes restes pour l'éternité. Il avait refusé ma requête et m'avais proposé de le suivre. D'oublier mon douloureux passé pour me battre à ses côtés. Me revenait en mémoire l'époque ou j'avais été rebelle à l'autorité de Carlisle, cette époque ou j'avais été un tueur né, un vampire. Cette obscure période de ma vie où tout n'était que brouillard et inconscience. Elle valait mieux que de retourner auprès de miens, que lire leur pensées qui se tourneraient inconsciemment vers la cause de ma souffrance : Bella Swan. Je me sentais incapable de les revoir, de vivre avec eux, dans notre univers aseptisé, meublé de mensonges et de faux semblants. Je ne tournerais plus le dos à ma nature. J'étais un vampire.
Pour l'heure, j'étais donc chargé d'éliminer Elona River et son amant Jon. Ce couple roumain avait eu la mauvaise idée de contrarier Aro, en s'associant à deux vampires hideux qui nourrissaient des rêves de Révolte. Ils seraient d'ailleurs les prochains sur ma liste, si je réussissais ce premier test. Tuer ne me dérangeait plus, l'an passé, j'avais combattu James, pour de bonnes raisons. Aujourd'hui j'ignorais si j'avais de bonnes raisons d'obéir aux ordres de mon maitre. Et ma conscience me titillait. Maudite éducation que celle de Carlisle, elle laissait des traces dans mon esprit, remplissant mon être de doutes et de questions sans fin. Le monstre qui était en moi et que j'avais trop longtemps refoulé reprenait ses droits sur ma vie. Je ne luttais même pas contre moi pour le repousser. J'avais envie qu'il sorte, qu'il prenne sa place dans mon corps et dans mon cerveau. J'étais comme un fou, un schizophrène qui avait besoin d'une altérité pour se dédouaner de ses propres crimes. J'acceptais cette folie avec une joie teintée d'amertume, et me préparais à ôter de ce monde deux vampires.

# Posté le mardi 26 mai 2009 18:27

Modifié le lundi 02 novembre 2009 17:06

◘Chapitre deux ◘ De l'autre côté de l'oubli ◘◘◘◘

◘Chapitre deux ◘  De l'autre côté de l'oubli ◘◘◘◘

Bella Swan

Adossée contre la portière de mon antique Buick, je tapotais nerveusement un rythme sur la poche de mon jean. La cour du lycée de Forks était bondée d'adolescents mais aussi de parents inquiets des résultats scolaires de leurs progénitures. C'était le grand jour pour la plupart des Terminales, et nous allions savoir, par un simple coup d'oeil sur le tableau d'affichage, si nous étions reçus ou non à notre examen de fin d'année. Pour ma part, avoir mon bac en poche ou ne pas l'avoir équivalait à la même angoisse, la même peur. La simple mention «recalée» comme «admise» provoquait en moi un tourbillon d'inquiétude. Je n'étais pas prête à quitter Forks pour l'université d'une ville de l'état voisin, comme je n'étais pas prête de quitter ma famille, mes amis, Jacob, et...mes souvenirs. Ma dépression de l'an passé, et les nombreux jours que j'avais séché n'allaient toutefois pas en faveur de ceci. Mes résultats scolaires n'étaient plus aussi élevés que les années précédentes et je ne doutais pas que ma récente attitude de jeune-fille-sociable-qui-ne-se-prive-pas-de-sortir avec son petit Ami avait certainement dû faire pencher la balance vers le mauvais côté.
Le vrombissement d'une moto noire rutilante m'arracha à mes pensées et je ne réprimais pas mon sourire en voyant apparaître Jacob.
Vêtu de son sempiternel jean délavé et d'un t-shirt noir, l'indien détonnait de par sa taille immense, au milieu de tous ces adolescents de taille moyenne. Son teint tanné par le soleil contrastait avec la pâleur de ma peau, mais l'éclat pétillant de ses prunelles sombres était cependant l'exacte réplique des miennes. J'étais incapable d'être autrement qu' heureuse lorsque Jake était dans mes parages. Sa bonne humeur était solaire, et irradiait les alentours, pour peu que je m'y trouve.
En une enjambée, il se retrouva auprès de moi, et me serra contre lui, le visage emmitouflé dans mes boucles brunes. Je relevais vers lui une mine inquiète et je me mordis les lèvres pour lui cacher mon angoisse.
_Prête? Demanda t-il d'une voix rauque qui me signifiait qu'il partageait lui aussi mes préoccupations.
_Allons-y, je veux être fixée. Murmurais-je d'un ton morne.
Et c'est en allant comme au bûcher que nous prîmes le chemin du bâtiment principal du lycée.

'Recalée'
Ce simple mot eut le don de faire naître sur ma figure pâle un sourire. Je ne quitterais pas Forks pour Portland. Je resterais une année de plus à étudier dans cette minuscule bourgade verte de végétation et d'humidité. Je ne pensais même plus au savon que Charlie ne manquerait pas de me passer au vue de mes désastreux résultats. Je préférais encore retarder d'une année l'échéance qui me mènerait vers le monde ingrat des adultes : celui de l'oubli de nos rêves et de mon passé.
Je rejoignais mes amis du lycée, accompagnée de Jake, afin de les féliciter et je me composais une expression des plus sereine pour accueillir leurs encouragements. Jessica et Mike n'en pouvaient plus de serrer leur amis dans leur bras pour cette dernière journée de cours, dernière page du livre de leur adolescence.
Comme je m'y était attendue Charlie accueilla la nouvelle avec une moue mécontente, et ce fût grâce aux multiples promesses de tout mettre en oeuvre pour rattraper mon retard scolaire qu'il me libéra. J'étais en vacances depuis deux heures et Jake me proposait déjà de sortir fêter ma non-admission.


Les semaines s'écoulaient avec la rapidité d'une eau vive. Je ne laissais pas un instant de répit à mes pensées, à mes sentiments, noyant mon existence par un flot d'activités ininterrompues. Je m'acharnais des heures durant à la boutique des Newton, travaillant plus que d'ordinaire, passais le clair de mon temps libre auprès de Jacob ou plongée dans mes livres. Il n'y avait plus de place dans mon coeur pour le remord et le zombie qui avait longtemps pris les rênes de ma vie. Je donnais l'impression d'être hyperactive tant mon été semblait rythmé par la vie, l'insouciance et la joie.
Je n'ignorais pas que c'était une façade que soigneusement je construisais chaque jour dans l'espoir secret d'échapper à mon passé.
Mais on échappe pas à son destin. Surtout lorsque celui-ci portait la marque d'une malédiction aux allures d'un rêve étrangement fascinant. J'avais lié mon existence à celle d'un vampire, Edward Cullen, et dusses-je avoir l'éternité pour l'oublier, il ne s'effaçait pas de mon esprit aussi facilement. Des images revenaient, pauvre film abîmé d'une période que j'avais banni à jamais, celles ou nous étions ensemble, celle d'un amour indestructible, d'une banale humaine auprès d'un ange descendu des cieux.
Je luttais contre ses souvenirs avec la force d'une désespérée, et je n'étais pas peu fière de moi. Je faisais face, malgré la douleur qui creusait mon coeur, malgré ces instants où je m'abandonnais dans les terreurs du passé. Ces moments où Jake n'était pas là.
C'était pour ces raisons que je m'étais bâti un emploi du temps surchargé au risque de finir sur les rotules. Au moins, je ne pensais plus.

Il était temps de rentrer. Les soirées autour du feu de camp de la Push étaient interminables, les légendes défilaient, colorées de magie et d'extraordinaires créatures mythiques, j'étais enracinée au sol, complètement envoutée par la voix grave du conteur Quileute. La nuit déployait sur nous son manteau obscur, trouée de part et d'autres par l'éclat d'étoiles perdues à des millions d'année de nous. Confortablement installée entre les genoux de Jacob, je m'imprégnais des lieux, de la saveur de l'air humide et tiède, de la douceur de mon compagnon qui par ses gestes prévenants veillait sur moi avec une attention particulière. Jake m'était totalement dévoué, corps et âmes, et j'avais toutes les peines du monde à lui rendre l'amour inconditionnel qu'il me vouait depuis de longues semaines.
Je me relevais maladroitement et le suivit vers la voiture qui nous attendait, cachée par des arbustes sombres.
_Tu es morte de fatigue, Bella, tu devrais mettre de côté ton travail, tu n'as besoin de te tuer la santé pour quelques dollars... me morigéna Jacob, vaguement inquiet.
_Ca va, je tiens le coup. J'ai juste mal dormi récemment...le rabrouais-je.
Bien sûr que j'avais besoin d'occuper chaque minute de ma vie à autre chose que les pensées vagabondes de mon cerveau meurtri et fou. Mais cela, je m'étais promis de le cacher à mon ami. Je ne désirais pour rien au monde qu'il comprit les raisons de mon entêtement. Il avait tant fait pour moi, je me devais de supporter le poids de mon passé en silence. Lui épargner au moins cela.
_Des nouvelles de Victoria? Le relançais-je, un peu plus amène.
_Jared l'a croisé prés de l'océan, et elle n'était pas seule. Bizarrement elle n'a rien tenté, alors qu'elle était relativement supérieure en force. Elle prépare quelque chose, j'en suis sûr!
Je frissonnais, incapable de retenir mes émotions. Victoria, ce tourbillon d'écarlate et d'albâtre, suffisait à casser mes espoirs, tant elle me faisait peur. Elle était la définition parfaite du mauvais vampire, tel qu'Edward avait voulu me l'a faire comprendre. Séductrice, monstrueusement belle, violente et sadique. Pour ma part, je me refusais à l'imaginer pareillement. Edward différait tellement de son espèce, par sa bonté, sa douceur... l'évocation de son prénom et ses qualités raviva ma blessure. J'avais laissé libre court à mes souvenirs et la pâle radiance du visage de mon amant d'autrefois hanta mes pensées. Je pris sur moi et tentais tant bien que mal de cacher à Jake l'horrible souffrance qui me malmenait désormais.
Il posa son bras brulant sur mon épaule, réconfortant, tandis qu'il démarrait la voiture, direction la maison de Charlie.
Après un long silence, je tournais mes yeux vers lui. Il avait prit une apparence sérieuse et ses sourcils bruns étaient froncés, résolus.
_Bella... chuchota t-il, presque imperceptiblement, tu...Tu pourrais rester... à la Push. Je te protégerais de Victoria, à plein temps... je... je ne crois pas que Charlie s'y opposerait. Il sait que notre relation est sérieuse...
je restais là, abasourdie par les paroles de mon ami. Quelque part en moi une alarme sonnait. Mon coeur se serra et l'angoisse s'insinua en moi, dans ma gorge, emprisonnant les mots qui peinaient à sortir.
_Je... Je ne suis pas prête, Jake. Murmurais-je, le coeur au bord des lèvres.
J'avais parfaitement compris l'allusion de Jake. Il avait raison dans le sens ou notre relation devenait sérieuse; je connaissais très bien les projets de mon ami à mon égard. J'étais sa petite amie et il souhaitait voir notre relation s'épanouir. Mais de la à vivre avec lui, à la Push, l'idée me semblait incohérente. Il ne me voulait pas auprès de lui dans le seul but de me protéger.

Ca ne doit pas se passer ainsi. Ca ne peut pas se passer ainsi. Pas comme ça, pas avec lui. Ce n'est pas Lui.

Ma conscience me soufflait de terribles injures, et je bataillais contre les arguments que mon esprit m'imposait. Je m'en voulait terriblement de repousser Jake, après tout les efforts et les sacrifices qu'il faisait pour moi. Je me demandais de quel droit pouvais je le priver d'un bonheur qu'il désirait. Je voulais le rendre heureux, lui rendre la pareille. Il avait su si bien illuminer les ténèbres de ma nuit.
_Pardon, Bella, je voulais pas te mettre mal à l'aise... c'était...juste une idée, comme ça...dit il précipitamment, au vu de ma réaction.
Je me raidis contre le dossier, bénissant l'obscurité qui m'évitais de lire sur le visage de mon Indien la déception que je lui imposais.


Edward Cullen

J'avais du mal à saisir le sentiment qui m' habitait. Un vampire n'est jamais fatigué me soufflait mon intelligence. Et pourtant, en rentrant de ma dernière mission, qui avait été une réussite, je ne pouvais m'empêcher de ressentir le fardeau de ma journée. Un poids pesait sur mes épaules, sur mon coeur, dans mon cerveau, et m'accablait.
Je mis ceci sur le compte de ma triste conscience qui se rebellait contre le monstre que j'étais devenu. Nuance, que j'avais toujours été.
Peu avant l'aube, j'avais traqué deux vampires et après un combat sans pitié et acharné, je les avais tué. Je retournais donc vers mes appartements, le dos voûté, le regard hagard, et la mine sombre, maudissant mon corps qui ne pourrait plus jamais s'endormir, ni fermer mes yeux et mon esprit sur celui que j'étais.
Je savais d'avance où j'allais. Le long couloir gris éclairé par des lueurs artificielles débouchait vers une rangée d'appartements luxueux, retraites de la cour des Volturi. Je ne pris même pas la peine de frapper contre la lourde porte d'acier qui menait à la chambre de Ryn. Cette jeune femme d'à peine dix neuf ans avait un don particulier, un pouvoir dont je ne cessais d'abuser chaque nuit, pareil à un drogué qui rejoint chaque soir sa fumerie d'opium, le don de l'oubli.
Ryn avait cette capacité hors du commun de toucher l'esprit et de le retourner de manière à permettre à son utilisateur une courte pause dans sa mémoire, une sorte de moment d'inconscience ou elle mettait en fuite la mémoire. Le temps de quelques heures. Mais c'était de précieuses heures. S'endormir comme un enfant, comme un ignorant, oublieux de son passé, de ses affections, de ses joies comme de ses peines, je n'en demandais pas plus.
J'entrais donc, livide comme un fantôme, à la rencontre de la seule personne au monde capable de retenir quelques instants la déferlante de souffrance qui me tourmentait quotidiennement.
_Edward...murmura t-elle, sans surprise.
Ryn portait une robe noire, moulante et longue qui accusait un peu plus la pâleur de son teint d'ivoire. Ses longs cheveux d'encre tombaient à mi-cuisse, raides comme des bâtonnets, encadrant l'ovale de son visage fin et harmonieux.
Je m'installais comme d'ordinaire sur le canapé en cuir, lui ordonnant silencieusement de commencer son oeuvre.
_ Tu ne devrais pas faire ceci, Edward. Je déteste te faire ça. Tu sais dans quel état tu es au réveil.
Oui, bien sûr, je savais tout cela. Je lui lançais un regard glacé et mort et tendis ma main afin qu'elle s'exécute. Je fermais les yeux, m'abandonnais à mes sens hyper aiguisés, guettant le moment où mon esprit faiblirait enfin. J'entendis le frôlement de sa robe contre le sofa, et la douceur de ses doigts de neige sur mes tempes, et enfin, je sombrais dans l'oubli.

Une douleur lancinante me tordait le cerveau. Comme un millier de flammes qui consumaient mon crâne, comme un milliers de cristaux de glace qui pénétraient chaque cellule, chaque neurone dans ma tête. Je réprimais un cri. Je ne m'habituerais jamais à cette souffrance. Mes yeux qui avaient si bien sû se fermer durant quelques heures trop courtes se couvrirent d'images, riche film fourni de mes souvenirs qui défilaient à une vitesse fulgurante. Rien ne m'était épargné. Je voyais tout, entendais tous, sentais tous. Jusqu'à l'exquise odeur de freesia de son sang. Jusqu'à la douceur de sa peau de pêche, tout. L'intensité de son regard troublé,tout, la moue boudeuse qu'elle arborait quand je la contredisais, tout, la petite ride entre ses sourcils lorsqu'elle s'inquiétait. Tout. Bella.
Je mis de longues secondes à inhaler cette blessure comme un humain respire son oxygène. Le pouvoir de Ryn avait deux faces, l'une apaisante, l'oubli, et son revers : le réveil, la conscience de ce que l'on essaye en vain d'oublier, de refouler.
Je me relevais lentement et massais mes tempes, sans grand espoir. C'était l'heure de reprendre mon fardeau, mon passé, mes souvenirs, le pire moment de la journée. Je me sentais aussi pitoyable qu'un drogué en train de se sevrer. Le manque revenait sans cesse, torturant, inlassablement, nouveau monstre engendré par celui que j'étais déjà.
Je me levais, niant le regard incroyablement triste de Ryn, et repartais vers mon avenir. Un avenir sans Bella. Un avenir sans vie.

# Posté le dimanche 31 mai 2009 17:31

Modifié le mardi 03 novembre 2009 07:00

◘ Chapitre Trois ◘◘◘◘ le revers du passé◘

◘ Chapitre Trois ◘◘◘◘ le revers du passé◘
Bella Swan

Ses lèvres se moulaient contre les miennes avec une douceur mêlée de confusion. Ce n'était pourtant pas notre premier baiser, mais Jake semblait toujours plongé dans un tourbillon de doutes et de questions lorsqu'il prenait l'initiative de m'embrasser. Je l'avais pourtant souvent considéré comme étant turbulent,impulsif et téméraire, cependant Jacob devenait aussi timide qu'un animal sauvage lorsque nous étions un peu plus intimes. Je m'abandonnais à ses caresses, aussi molle qu'une poupée de chiffons.
Nous étions étroitement enlacés l'un et l'autre sur un tapis de mousse humide, jardinet sauvage non loin de la maisonnette des Black, à l'orée des bois de la Push. Le soleil de cette fin de mois d'aout déployait ses derniers rayons chauds qui filtraient par delà la barrière naturelle que faisaient les ramures des arbres immenses.
Jake caressa mon visage de son menton, déposant de ci de là une multitudes de petits baisers, tandis que tendrement, je remettais de l'ordre dans sa chevelure d'encre.
Le sourire aux lèvres, j'offrais à mon meilleur ami, un visage des plus ravis.
_Je t'aime. Murmura t-il à mon oreille, le souffle court.
Je le serrais contre mon coeur, un peu plus fort, tandis qu'il resserrait l'étau de ses bras musclés contre moi. Il semblait qu'aucune force sur terre, soit-elle, ne pouvait venir à bout de notre union. Les mois qui s'étaient écoulés m'avaient rendu l'appétit de vivre, et je commençais mes journées avec enthousiasme, pensant de moins à moins à mon amant d'autrefois, et de plus en plus à celui qui tenait ma main, aujourd'hui.
Je répondis à sa déclaration par un baiser passionné, l'obligeant à quitter sa carapace timide, dévoilant Jacob tel qu'il était. Éperdu d'amour, fougueux. Mes mains tâtonnèrent à l'aveuglette, redessinant les muscles fermes du torse doré de mon ami pendant qu'il défaisait un à un les boutons de mon chemisier, avec un sourire en coin.
Les aboiements au loin de quelques loups nous avertirent que nous ne serions plus très longtemps seuls. D'un geste souple, Jake m'aida à me relever, m'offrant une grimace comique en guise d'excuse. Je me rhabillais rapidement, mon sourire se troquant en un fou rire communicatif. Ce fut main dans la main, et les visages rayonnants de joie que nous prîmes le sentier qui nous ramenait à la maisonnette rouge de Billy.
Paul nous attendait, dans son apparence d'adolescent immense à la peau brune. De longues veines saillaient le long de ses bras aux muscles nerveux. Ses prunelles irradiaient d'une puissance particulière. Comme tout les loups garou de la Push, il avait un caractère virevoltant qui lui avait valu bien des bagarres auprès de ses frères.
En me voyant, il arbora une moue sarcastique et impolie. Il ne m'avait jamais appréciée. Pour lui, je n'étais que l'ex petite amie d'un vampire, l'espèce qui avait obligé ces jeunes à muter pour protéger leur peuple. Beaucoup de loups, dont Jacob, voyaient leur transformation comme une malédiction, et non comme un don du ciel. Jacob grogna pour lui signifier sa réprobation face à son comportement agressif à mon égard. Il répondit par un regard acide et lâcha un soupir.
_Sam nous convoque tous pour une assemblée, ce soir. Victoria a été vue une fois de plus, pas loin de Forks.
Il me tourna le dos, dédaigneusement, et explosa de mille éclats, galopant déjà dans les bois, revêtu de son apparence lupine.
Je marchais d'un pas décidé vers ma camionnette, ignorant le regard ahuri de Jake. Il me rattrapa en quelques seconde et me fit face.
_Calme toi, Bella!
_Laisses moi partir, Jake! Victoria est de retour, je ne tiens pas à l'amener ici.
Me récriais-je.
Il me prit par le coude, sans ménagement, et m'attira contre son torse. Sa peau brulante m'incendia et bientôt je sentis mes joues qui s'empourpraient de fureur et d'émotion.
_Ton clan n'a aucune envie de m'aider, et je ne veux pas obliger Sam, sous prétexte que je suis ta petite amie, à me protéger!
_Il est hors de question que je te laisse sans protection!
_Tu obéiras à Sam, quoique tu veuilles, quoiqu'il te dise, Jacob. Tu le sais mieux que moi.
Murmurais-je, en baissant d'un ton.
La dispute n'était pas nouvelle. D'une voix lasse, il reprit la parole, le visage buté.
_Il ne m'interdira pas de te surveiller. Tu as beau avoir été l'amie d'un clan de vampires, il n'est pas aussi horrible que tu te l'imagines.
Je levais les yeux vers lui. Je mesurais l'étendue de ma situation avec une angoisse qui ne datait pas d'hier. Victoria revenait dans la région, et elle n'était pas seule. Le problème était que Sam privilégiait sa tribu à moi, ce que je comprenais tout à fait. Il était hors de question qu'une meute de loup soit sur mes talons, alors qu'ils devaient tous garantir la survie de leur territoire. Bien sûr que Sam autoriserait Jacob à veiller sur moi. Mais personne d'autre. Et je savais d'avance que Jacob ne survivrait pas à un combat contre Victoria et les siens.
_Cela n'a pas de sens, Bella. Nous savons pertinemment que c'est toi que Victoria recherche, je sais que nous devons concentrer nos forces sur toi, ce n'est qu'une question de temps et Sam comprendra.
_Tu as peut être raison, Jake, mais en attendant, elle multiplie ses crimes dans la région. Je comprends ton chef. Je ne suis absolument pas la priorité. Et si je ne peux pas aider à sa capture, je préfère autant éviter qu'elle fourre son nez ici, chez toi, à la Push, au milieu de ton peuple!
Je m'écartais brusquement, sentant monter les larmes aux yeux. J'avais toujours eu au fond de moi ce besoin de protéger Jacob. Pendant longtemps, je m'étais sentie auprès de lui comme une mère, une soeur, puis nos sentiments avaient évolués, passant d'une amitié fusionnelle à un amour profond. Je refusais que Jacob paie pour moi. Pour mon passé.
Il me suivit sans un mot jusqu'à ma voiture, se plaçant entre moi et la portière. Son regard me brula, ses lèvres tremblaient, ses yeux brillaient, rougis par des larmes discrètes.
_Ca ne changera rien, Bella. Je te suivrais quand même. Tu pourras mettre un océan entre toi et moi pour m'éloigner de cette femme, de ce monstre, je resterais. Je ne vis que pour toi, si je dois mourir, j'aime autant que ce soit pour toi, aussi. Chuchota t-il de sa voix rauque.
Je posais mon front contre son épaule, écoutant les battements de son coeur tourmenté. Ca aussi, je le savais.

En rentrant chez moi, je retrouvais Charlie avachi sur le sofa, en train de regarder un énième match de baseball.
_Bella?
_J'ai ramené de la pizza, papa. C'est dans le four.
Annonçais je avec légéreté pour lui cacher mon inquiétude.
J'entendis des pas dans le corridor. J'étais un peu étonnée. Mon pére avait rarement l'habitude de rompre la monotonie de son match pour m'accueillir en soirée. J'entendis comme une respiration saccadée, un claquement de langue dans l'air.
Ma main trembla toute seule, sans aucune raison. Un pressentiment, comme j'en avais bien trop souvent. Une boule se forma dans ma gorge.
_Je..Je ne sais pas trop comment t'annoncer cela...
il s'était levé, et dansait d'un pied sur l'autre, dans l'encadrement de la porte de la salle à manger. Mon père était d'un naturel nerveux mais là c'était différent. Il était livide comme jamais, et sa maladresse me contamina. Je levais un sourcil.
_Qu'est ce qu'il y a? Rien de grave, j'espère?
Il contempla le parquet longuement, avant de relever son visage vers moi, les yeux empreint d'une sévérité que je ne lui connaissais pas.
_J'ai vu Carlisle, aujourd'hui. Il semblerait que les Cullen soient revenus.
Je titubais, emportée dans un tourbillon de pensées, de souvenirs, de souffrances, et fermais les yeux avant que ma tête ne heurte le sol.

Edward Cullen

Assis sur son trône médiéval en bois, Aro affichait toute la splendeur d'un conquérant, entre indifférence et autorité suprême. Sa cour, composée d'une cinquantaine de vampires, pour la plupart en couple, l'entourait, tous vêtus de sombres manteaux qui semblaient être l'uniforme de rigueur en ces lieux. Jane s'avançait à petits pas vers son maître et amant, un léger sourire aux lèvres. Elle faisait état de nos derniers projets, des victimes qui avaient succombé sous nos coups , et de l'ordre qui désormais régnait en Europe. Je pouvais lire dans l'esprit de l'adolescente sadique que ces nouvelles avaient le seul but d'impressionner l'homme qu'elle aimait.
Je constatais qu'Aro n'avait que faire des sentiments de sa protégée. Pour l'instant, elle n'était pour lui qu'un petit jouet amusant qui avait piqué sa curiosité et son désir. J'entrais à sa suite, et brièvement, tel un soldat bien soumis, j'exposais succintement mes exploits meurtriers.
_Fort bien, mon jeune ami! Je vois que tu accomplis ton devoir parfaitement... susurra t-il, aussi comblé qu'un père peut l'être devant les bons résultats de son fils.
Je voyais très distinctement que c'était exactement ainsi qu'Aro me considérait, dés à présent. Son esprit pourtant fort et indocile face à mon don, avait beaucoup de peines à me cacher cette pensée. Je murmurais de faibles remerciements et regagnais mes appartements, à la recherche de Ryn.
Celle ci m'attendait , assise en équilibre sur l'une des larges poutres qui dominaient la pièce. Elle portait un long manteau noir, un agréable tailleur sombre agrémenté de longues bottes cirées. Visiblement, une sortie était prévue. Les quelques bagages que je vis, amoncelés non loin de mon large lit, donnèrent raisons à mes pressentiments. Je levais les yeux vers la jeune femme, cherchant dans son esprit les raisons qui nous poussaient à quitter ces lieux.
_Nouvelle mission d'Aro. La dernière pour toi, d'ailleurs. Du moins, c'est celle qui confirmera ton entrée dans notre clan, Edward.
_En effet, Edward, je veux pouvoir avoir confiance en toi.

C'était la voix de Aro, le vieillard se tenait derrière moi, me fixant de ses prunelles laiteuses et rougeoyantes.
Je me retournais, indécis. Ce qui m'apparaissait dans son esprit me dérangeait, m'interpellait. Je voyais défiler devant moi un paysage beaucoup trop familier, et la mission qui se dessinait ne me plaisait guère.
_Tu vas retourner à Forks, Edward. Avec Ryn. Alec m'a parlé d'un groupe de nomades qui seraient en train de créer une armée de nouveaux nés. Je ne tiens pas à voir les futurs débordements que pourrait donner de tels actes. Il en va de notre secret, donc de notre survie à tous.
_Ce sera l'affaire de quelques heures, murmurais-je docilement.
_Non, je ne crois pas. Là bas, tu auras affaire à bien pire et plus compliqué que de simples vampires. Je veux que tu affrontes tous ce qui te retiens d'être entièrement l'un des nôtres. Je veux que tu renonces de toi même à ton passé. Pour les Volturi.

Ces derniers mots, il les avait prononcé avec passion. Aro savait quels dangers j'allais affronter, j'irais au devant de ma conscience, au devant de ma famille. Et dans ses yeux de père, il désirait supplanter la place de Carlisle. Que moi, le fils indigne, redevenu monstre, je choisisse de moi même Aro et le destin qu'il m'offrait. Recevoir mon passé en pleine face, le maitriser, le dominer, afin de contrôler mon futur avec force.
_S'il n'y a que cela pour vous prouver ma loyauté, je le ferais.
_Tu as un an. Je sais que tu reviendras. J'ai confiance en toi.

Il me donna une tape affectueuse sur l'épaule et me gratifia d'un regard pénétrant. Mes yeux morts tentèrent de lui confirmer à quel point je serais fidèle à ses ordres.
Je m'installais sur mon lit, pris ma tête entre mes mains. Je me souvenais de mon premier jour ici, de la folie qui m' habitait lorsque j'avais appris la mort de Bella. Aucune douleur au monde n'était semblable à la mienne, je n'avais été qu'une loque, suppliant Aro de me tuer. Bien sûr il avait refusé. Il m'avait accueilli dans son antre, affable et bienveillant comme un père. Vivre auprès de lui m'avait fait comprendre beaucoup de choses. La mort de Bella m'avait ouvert les yeux : j'avais voulu interférer dans la vie d'une humaine et par ma faute elle avait souffert, puis perdu la vie. J'étais un vampire et je n'avais plus le droit d'oublier cela. Si à la base, j'avais respecté ma nature de monstre, je me serais tenu à l'écart de tous ses sentiments que Carlisle et les siens avaient voulu m'inculquer. L'amour. Et Bella serait en vie à l'heure qu'il est, au côté d'un humain.
J'avais donc choisi la vie d'un monstre, au service des Volturi, et dans cette folie meurtrière j'étais devenu dépendant de mon maître, Aro. Ma vie avait perdu de son sens le jour où Bella l'avait quitté, et le vieillard, tel un mentor, un nouveau père m'avait redonné une nouvelle chance. Un chance d'échapper à mes remords, à mes souvenirs, à ma famille.
Et je ne désirais pas le trahir. Je me jurais de ne plus jamais redevenir un vampire vulnérable aux sentiments des humains, un vampire qui pendant quelques mois, avait cru pouvoir vivre dans la peau d'un homme. L'homme de Bella Swan.

Quelques heures plus tard, le taxi nous emmena loin de l'aéroport de Seattle, vers la pluvieuse bourgade de Forks, ou quelques centaines d'adolescents préparaient avec angoisse la rentrée scolaire qui débuterait dans peu de jours. Je pris une profonde inspiration et demandais à Ryn de m'offrir un peu de sommeil, un peu d'oubli, à mesure que je m'avançais à grand pas, au devant de mon passé.

# Posté le jeudi 04 juin 2009 16:39

Modifié le mardi 03 novembre 2009 07:01

◘Chapitre Quatre◘ les liens du passé et de l'avenir ◘◘◘

◘Chapitre Quatre◘   les liens du passé et de l'avenir   ◘◘◘
Bella Swan


Je pris une profonde inspiration. Il fallait que je me lève. Que je respire. Je ne pouvais pas rester prostrée sur mon matelas éternellement, en m'étreignant les épaules. Pas quand Jacob pouvait faire irruption dans ma chambre à tout moment. Par bonheur, mon père était déjà parti lorsque mon cauchemar, semblable à ceux qui avaient rythmés mes nuits peu de temps après le départ d'Edward, m'avait réveillé. Les sanglots et le cri perçant me hantaient, et tremblante, je tentais de délacer mes bras de mon torse en sueur. Je chassais de mon esprit les images qui m'avaient marquées, traumatisées, celles qui criaient son absence, sa disparition. Je pris appui sur un coude, dans un effort titanesque, et rampais vers le bord de mon lit, en rassemblant toutes mes forces pour me relever.
Les Cullen étaient de retour. Ça ne voulait pas dire qu'il était avec eux. La preuve, la dernière visite de Alice, quelques mois auparavant, ne m'avait pas ramené mon vampire. Peu à peu, mes spasmes s'espacèrent, et je sortis du lit, me préparant lentement à les revoir.
C'était le jour de la rentrée, ma seconde rentrée en classe de Terminale, j'y verrais de nouveaux visages, un peu plus jeunes, mais je n'en éprouvais aucune angoisse. Il m'était égal de m'intégrer ou non dans ma classe cette année. Angela me manquerait beaucoup, cependant, je n'avais jamais été très sociable, la solitude ne me dérangeait pas. Et puis rien ne me disait que les Cullen se réinscriraient cette année, peut être n'étaient-ils ici que de passage.
Le coupé Audi noir conduit par Alice me fit mentir. Elle était accompagnée par Jasper qui m'observait déjà du coin de l'oeil. Je me demandais s'il fallait les saluer, les ignorer, leur sauter dans les bras ou les insulter. Finalement, je me contentais de marcher timidement dans leur direction, rougissant à mesure que la distance qui nous séparait se raccourcissait. Alice ouvrit la portière avec élégance, sous le regard admiratif d'une centaine de lycéens, et se tourna vers moi, vêtue d'un short en jean et d'une chemise blanche qui appartenait certainement à Jasper. Je m'émerveillais encore de ces traits enfantins qui donnaient à son visage pale et immaculé une note de douceur et de candeur. Elle leva vers moi ses beaux iris caramel, et avança à ma rencontre, un léger sourire aux lèvres.
_Bella!
Je lui rendis son sourire, et ouvris grand mes bras afin de l'accueillir comme une véritable amie. Ce fut en riant et en pleurant que je lui souhaitais à nouveau la bienvenue, la mitraillant de question à propos de Carlisle, d'Esmé, d'Emmett et de Rosalie. Jasper contemplait nos retrouvailles de loin, une moue approbatrice accentuée par la sincérité de son sourire.
Quelques instants plus tard, nous étions tous les trois assis sur un banc de pierre, parlant à voix basse du reste de la famille de vampire qui avait été pour moi une seconde famille, quelques mois plus tôt. J'éprouvais une grande joie à l'idée de revoir bientôt Carlisle et Esmé qui avaient repris leurs activités respectives dans la région, de docteur et de décoratrice d'intérieur.
_Pourquoi êtes vous revenus, Alice? Demandais-je, hors d'haleine.
_J'ai eu une vision il y a de cela quelques jours, chuchota mon amie, ses yeux dorés se posant sur les miens avec une certaine angoisse. Je compris qu'elle avait peur de m'annoncer sa révélation.
Je sentis que le trou de mon ventre se rouvrait, une douleur lancinante me brulait, me rongeait. Mon corps pressentais ce qui allait arriver. Je savais qu'elle parlerait de lui.
_Dis moi tout, je t'en prie...
_J'ai vu Edward... il revenait ici, ses yeux étaient cramoisis, son regard mort. Il ne va pas bien Bella. Il me faisait... peur.

Je me sentais aussi chancelante que si l'on m'avait battu avec une batte de baseball. Je remerciais le ciel que nous ayons eu la bonne idée de nous asseoir, sinon je jurerais qu'à cet instant, mes jambes n'auraient plus eu la force de me porter. Je m'agrippais donc au banc de toutes mes forces, chassant la torpeur qui m'envahissait. Il fallait que je sois forte. Que j'arrête de m'effondrer à la simple mention de son prénom. J'encaissais la nouvelle, luttant contre la violence de mon chagrin. Je détestais l'idée qu'Edward fut malheureux et seul. Je repensais à la description du rêve d'Alice. Des yeux cramoisis. Il avait choisi une autre voie, désormais. Était-il devenu semblable à James ou Laurent? Je ne parvenais pas à m'imaginer Edward en meurtrier, lui qui avait si bien su dompter sa nature pour vivre avec moi. Alice devait se tromper.
_Bella, tu dois savoir qu'il... il n'était pas seul. J'ai vu une jeune femme avec lui, vampire elle aussi.
J'accueillais la nouvelle avec des yeux ronds. Je ne m'étais pas préparée à cela. Ce fut comme un coup dans mes poumons, ce coup bien placé qui vous coupe la respiration. Ce fut automatique, j'étreignis mes épaules, resserrait tant que je le pouvais les morceaux de mon corps qui se délitait. Je m'effritais, je me cassais en miettes.
Alice me serra contre elle avec douceur, et je cachais mon visage et mes larmes contre elle, mouillant silencieusement sa chemise blanche.

Les heures suivantes, je les passais à réfléchir. Le cours de M. Andersen était des plus soporifiques et je repassais dans ma tête le film des évènements qui avaient ponctué ma vie depuis ma rencontre avec Edward.
J'étais tombée amoureuse de lui. De manière irrationnelle. J'avais tourné le dos à mon humanité pour lui, me réfugiant dans son monde fantastique et sombre. J'avais découvert le véritable amour, ainsi que la valeur d'une amitié inaltérable auprès de la famille Cullen. Ils m'avaient tous protégés de James. Ils m'avaient accepté telle que j'étais, avec mes défauts et ma maladresse légendaire. Je ne leur tenais pas rigueur de leur éloignement lorsque Edward avait choisi de rompre avec moi, en septembre dernier. J'étais d'ailleurs très heureuse qu'ils aient échappé à ma dépression et à mes immatures expériences suicidaires, Jacob avait veillé sur ma sécurité non sans mal.
Jacob et son amitié, Jacob et son amour maladroit. Il m'avait sorti d'un sommeil profond, un peu à la manière de la belle au bois dormant, comme un chevalier lumineux qui combattait jour après jour, à sa façon, les ténèbres de mon passé. Si je n'avais rien d'une princesse, Jacob ressemblait encore moins à l'un de ces princes. Pourtant son attitude avait été aussi romantique. Je prenais soudain conscience de l'ampleur de ses sentiments, là devant moi, devant l'immensité de mes souffrances à cette époque. J'avais touché le fond, non même pas, je tombais, inlassablement toujours plus bas, sans rien à quoi me raccrocher. Mais Jake avait été là, il m'avait retenu par la main, et hissé, avec patience vers la lumière.
À cet instant, je ressentis un besoin violent de sa présence, de lui à mes côté. Je me sentais misérable et ingrate. Parce que pendant tous ces mois je n'avais pensé qu'à moi, à ma peine et au fantôme d'un amour perdu. Je n'avais pas vraiment pensé à lui, pour ce qu'il était. J'avais reçu et finalement si peu donné. Un tourbillon de sentiments s'empara de moi, une décharge d'énergie parcouru mon corps, mes veines, m'irradia. J'avais eu pendant si longtemps besoin de Jacob, et je savais si mal ce dont lui, avait besoin. Je m'insultais et me traitais d'égoïste.
La sonnerie retentit avec force, et d'un bond je sautais de mon siège, et courrais presque jusqu'à ma camionnette, abandonnant derrière moi mes deux amis qui me regardaient partir avec étonnement.
Les kilomètres qui me séparait de la petite maisonnette rouge des Black n'étaient pas très nombreux et pourtant j'avais l'impression que ma vieille voiture ne parviendrait jamais à s'enfoncer dans l'allée boisée qui servait de route pour accéder à la réserve Quileute. Il était moins de quatre heure de l'après midi et je n'ignorais pas que mon ami devait se trouver chez lui, certainement à bricoler dans son garage.

Je me garais dans un dérapage incontrôlé bruyant qui fit sortir Jacob de la petite pièce sombre où devait se trouver le derbi endommagé de Paul qu'il réparait depuis quelques semaines. Je sautais à pied joint par terre et claquais férocement la portière. Eberlué, Jacob me contemplait, les sourcils froncés, hésitant à rire ou à s'inquiéter devant le visage décidé que je lui offrais. Contre toute attente, je courus dans ses bras, tandis qu'il se précipitait vers moi, hilare. Je l'embrassais à en perdre haleine, prenais son visage entre mes mains et le couvrais de baisers, entrecoupés de larmes d'émotions. Il me semblait que je n'arriverais jamais à lui signifier à quel point je l'aimais. Je ne cessais de lui demander pardon, sans qu'il comprenne la portée de mes paroles, et je resserrais sans cesse notre étreinte, le priant de rester là, contre mon coeur.
Il m'entraina vers sa chambre, me portant sans jamais s'arrêter de m'embrasser et de caresser mes boucles brunes.


Edward Cullen

L'unique hôtel de Forks se trouvait être un misérable édifice qui datait des années trente, vétuste, poussiéreux et terne. Je réservais deux chambres, espérant trouver dans peu de temps, un appartement confortable. Cependant, je ne désirais pas m' éterniser dans cette bourgade trempée, quoiqu'en dise Aro, je voulais en finir avec ma mission, et rentrer au bercail rapidement. Ryn étalait sur une large table de bois, une carte de la région, repérant au préalable les endroits susceptibles de nous intéresser pour notre traque future.

Un peu masochiste sur les bords, je décidai de m'octroyer quelques instants dehors, dans les rues de la ville qui autrefois avait été le théâtre des meilleurs moments de ma vie. Je descendais donc la rue principale, le visage caché par mes ray-ban, redécouvrant avec nostalgie chaque maison, entendant malgré moi les pensées des riverains. Je passais devant le magasin des Newton, remarquant au hasard les nouveautés qui trônaient derrière la vitrine, je m'attardais sur un modèle de pataugas, essayant d'oublier les voix qui s'affolaient autour de moi. Au loin, j'aperçus Charlie Swan dans son uniforme de policier, en train de réguler la circulation au carrefour, faisant des signes à l'un de ses coéquipiers. Je levais les yeux et vis, mécontent, qu'il... riait.
Charlie Swan, qui avait enterrée sa fille unique en avril dernier était en train de rire à une blague de son collègue. Pire encore, il arborait au vu et au su de tous un visage serein, dénué d'inquiétude ou de tristesse. Il semblait même étinceler de joie. Un éclat de rire suivant, je comprenais que je sortais de mes gonds, ma main me démangeait, mon cerveau explosait, je me sentais aussi fébrile et fou qu'un vampire nouveau né.
Je fis d'incommensurables efforts pour me contenir, pour m'empêcher de fondre sur lui et de l'ôter de ce monde, lui l'ingrat qui osait profiter de la vie lorsque sa fille gisait six pieds sous terre dans l'humide cimetière de Forks. Cette seule pensée eut le don de me gifler. Si j'avais été un être humain comme lui, je savais ce que j'aurais fait : j'aurais suivi Bella dans sa tombe, je me serais suicidé. Mais hélas, mon apparence de vampire ne m'autorisait pas cet acte égoïste.
_ Tu diras à Bella de repasser le balai dans les rayons avant d'ouvrir, demain. Tu m'entends Ned? Ned? Hurlait la voix stridente de Mme Newton à quelques mètres de moi. Je tanguais. Un vampire ne perd jamais l'équilibre.
« Elle m'a dit qu'elle ferait des lasagnes. Mais je n'ai pas vu sa voiture en passant à la maison, peut être qu'elle est chez Jacob, oui c'est ça, elle doit être chez Billy. Je passerais chez lui tout à l'heure. »

Une femme, il parle d'une femme, certainement une amie à lui qu'il a du rencontrer cette année. Charlie a le droit d'être heureux, Charlie a le droit de refaire sa vie. Mais pourquoi le monde n'a t-il pas cessé de tourner après la mort de Bella Swan?
Les pensées monocordes de Ned Newton m'arrachèrent au spectacle minable du bonheur du chef Swan.

"Je vais me le noter quelques part. Et ranger ces piolets, Bella a tendance à se prendre les pieds dedans, il faudrait pas qu'elle se casse un jambe, la petite, elle est si maladroite..."
Ned Newton s'affairait contre une étagère instable où s'empilaient quelques dizaines de piolets de montagnes. Mon corps me jouait des tours, je me sentais nauséeux, migraineux, quelque chose en moi se réveillait, un bruit sourd me fit vaciller. Comme un battement de coeur, unique, un soubresaut impossible dans ma poitrine. Je sentis la souffrance dénuée de larmes, la peine mélangée à l'espoir, ingrédients improbables au cocktail de ma folie.

Elle est chez Jacob.

Les pensées du chef Swan s'entrechoquaient dans ma tête, mêlées à celle du père de Mike qui évoquait pour l'heure une jeune femme qui était censée être morte depuis des mois. Sans réfléchir, je contournais les maisons grises et m'engouffrais dans la forêt humide, courant à la vitesse de l'éclair entre les arbres ternes et moussus, prenant la direction d'une maisonnette rouge appartenant aux Black.
Je ne pensais plus, j'étais en proie à la folie, agonisant d'espoir et de peur, je devenais maladroit et défonçais plus d'une dizaines d'arbres que je n'évitais plus, tellement mon cerveau s'engourdissait face à ces récentes révélations.
Moins de six minutes plus tard, je me retrouvais à l'orée du bois jouxtant la minuscule propriétés des deux Quileutes, caché par une épaisse frondaison d'arbres dégoulinant de verdures.
Je reconnus la vieille voiture rouge cabossée de Bella, garée en hâte devant le porche. Mon odorat infaillible et malheureusement trop sensible, perçut la fraîche odeur de freesia mêlée à d'autres flagrances, réveillant un désir inassouvi depuis des mois. Elle était là, vivante, à ne pas en douter.
Une foule d'informations m'assaillait, sans me laisser le moindre répit. Je vacillais sous la nouvelle, partagé entre la joie, l'étonnement, la honte, la peur, la colère. Le monstre que j'étais devenu, bataillait sans cesse contre ma conscience. J'étais perdu, dérouté, déphasé.
Elle vivait.
Rosalie m'avait menti.
Alice pensait la vérité, moi qui avait ignoré ses pensées, redoutant un piège fraternel.
Je m'effondrais, je tourbillonnais dans un abîme sans fond. Je tendis l'oreille, redoutant d'entendre le son parfait d'une voix qui ne voudrait certainement plus me parler, après tout le mal que je lui avait fait.

Je t'aime. Si fort. Tu es tout pour moi, mon coeur, mon âme.


Je reconnus le timbre rauque et boisé de l'adolescent indien qui avait été l'ami de Bella pendant son enfance. L'indien qu'elle avait séduit, dans le but d'obtenir quelques précieuses informations à mon sujet. Je percevais la force de son amour pour elle, et frustré de ne pouvoir lire les pensées de Bella, je m'approchais furtivement de la maison. Je tremblais comme jamais, angoissé, une boule énorme en travers de la gorge, tiraillé par la soif, le sang, la haine, la jalousie, et l'envie de la revoir.
_Jake... murmura une voix que je reconnus entre milles.
Plongé dans les pensées de l'Indien, je la vis. Pour la première fois depuis des mois. La jeune femme brune qui se tenait contre lui avait le teint pâle, de magnifiques yeux en amandes, passionnés, revêtus d'éclats de chocolats. Sa bouche fine esquissait un sourire sans pareil, ses lèvres écarlates avaient la même couleur que le sang. Je m'émerveillait devant la douceur de sa peau de pêche, respirant à plein nez son parfum indécent. Je brulais.
De désir, de jalousie, de frustration, d'envie. Si les pensées de l'indien n'étaient pas le fruit d'un quelconque fantasme, il tenait Bella contre lui, dans ses bras, et l'embrassait tandis qu'elle répondait à ses baisers par une fougue que je ne lui connaissais que trop.
Son odeur incendia ma gorge, m'irrita, presque autant que la révélation que j'apprenais.
Bella était en vie.
Elle avait refait sa vie, avec un Indien. Elle l'aimait.
Et elle avait cette succulente odeur de sang à laquelle je ne savais plus résister.
Je me retins d'entrer, de m'élancer contre l'homme qui avait osé l'aimer, la rendre heureuse, contre l'adolescente que j'aimais passionnément et dont je désirais plus que tout à cet instant m'abreuver de son sang.
Une main glacée se posa sur mon épaule, remonta vers mes tempes, et je sombrais dans l'inconscience. En une fraction de seconde, je comprenais que Ryn me sauvait la vie, et sauvait par la même occasion celle de Bella, me permettant d'oublier pendant quelques brèves heures le torrent de souffrance que me causait cette pluie de révélations.

# Posté le mercredi 17 juin 2009 15:55

Modifié le mardi 03 novembre 2009 07:02

••chapitre cinq•• Une bataille perdue d'avance

••chapitre cinq••      Une bataille perdue d'avance
Bella Swan

_Tu vas le voir, ce n'est qu'une question d'heures, de jours ! S'enflamma Jake, hors de lui.
_Jake... tu sais que c'est toi que j'aime... murmurais-je, les larmes aux yeux.
Mon ami faisait les cents pas dans l'étroit couloir qui séparait ma chambre de la salle de bain. Il avait eu vent du retour de Edward et cette nouvelle l'ébranlait.
_Je sais aussi à quel point tu l'as aimé, Bella, tu étais prête à mourir pour lui, à renoncer à ta vie...
je m'approchais de lui, hors d'haleine, et caressais ses joues dorées, héritage Indien de la tribu Quileute. Il plongea son regard dans les miens, détaillant mon expression avec un sérieux que je ne lui connaissais pas. Finalement, sa respiration reprit un rythme régulier et je sentis la pression de ses doigts sur ma clavicule, sur mon menton. Jake me tint serrée contre lui, et je l'enlaçais avec force.
_Je te promet que tu n'as rien à craindre, c'est toi que j'ai choisi Jake... je t'aime. Chuchotais-je, sans cesser de l'embrasser.

Jake avait raison, dans peu de temps, je serais confrontée à mon ancien petit ami. Le vampire qui avait partagé quelques mois de ma vie avait eu un impact sans pareil, et je ne pouvais nier que j'étais terrifiée à l'idée de le revoir. Edward m'avait abandonné, certes, mais moi pendant des mois et des mois je n'avais cessé de le chercher, au travers de périlleuses expériences, au travers d'hallucinations particulièrement surréalistes. Une part de moi n'avait jamais cessé de l'aimer, et j'avais honte de mon comportement. Pour Jacob, je n'avais pas le droit d'aimer, ne serait ce qu'un petit peu le vampire. Il avait été pour moi un réconfort, un meilleur ami, une véritable épaule sur laquelle j'avais épanché mes pleurs. Jake ne méritait pas cela, il était si bon, il fallait que je me reprenne et que je sois forte.

Mon portable vibra. Je jetais un coup d'oeil sur l'écran, c'était Alice. Mon amie avait prévu une multitude d'activités destinées à combler le trou immense de son absence de ces douze derniers mois.
_Alice?
_ Salut, Bella, tu fais quoi, là ? Je passe te chercher dans un quart d'heure ma belle, il faut que tu m'aides à trouver ma robe pour les fiançailles de Rose et Emmett!

_Encore ! Ils n'en n'ont donc pas assez! M'écriais je sans pour autant arriver à taire mon éclat de rire.
_Et oui, et tu es invitée au fait, et ne compte pas sur moi pour te laisser venir en jean!
Je raccrochais en pouffant et pris le chemin de la cuisine, encore vêtue d'un vieux pyjama.
Charlie lisait le journal, marmonnant quelques commentaires entre chaque article.
_Tu sors aujourd'hui?
_oui, Papa, Alice vient me prendre, je pense qu'on ira a Port Angeles, je suis invitée aux fiançailles de Rosalie et de Emmett.

_Tu continues de voir les Cullen ? Murmura t-il en fronçant les sourcils.
Je pris une profonde inspiration, et le regardais dans les yeux.
_Alice est ma meilleure amie et je ne compte pas me priver d'elle ni de sa famille sous prétexte que son frère m'a quitté l'an dernier!
Sur ce je tournais les talons et me dépêchais de prendre une douche et de m'habiller avant l'arrivée imminente d'Alice.

_Alors, qu'en pense tu? Pépia le soprano de mon amie, derrière l'épais rideau de la cabine d'essayage. Alice portait une élégante robe noire à strass ainsi qu'une paire de gants en satin qui remontait sur ses avant bras. Elle semblait tout droit sortie d'un magazine, portant la dernière création d'un styliste français de renommée.
_ je.. n'ai... pas ... assez de mots... pour dire... bégayais je, époustouflée.
_Attends moi ici, je vais te dégoter une merveille qui te mettra au pied tous les hommes de Forks!
_Alice! Je n'ai pas besoin de ça! J'ai déjà un petit ami, tu sais!

Elle grogna en fronçant son nez mutin.
_Je pensais que ce n'était qu'un ami pour toi, Bella. Murmura t-elle attristée.
_Non, c'est bien plus que ça. Je l'aime vraiment Alice, malgré tout, il est peut être entêté, nerveux et grossier, mais je sais aussi que je peux compter sur lui. Il m'a vraiment aidé, à un point, tu sais...
_Je persiste à croire qu'un loup garou n'est pas la compagnie la meilleure pour toi, Bella. Il est si ... imprévisible!
_Parce que tu crois qu'une famille de vampire c'est mieux!
M'esclaffais je en souriant.

Alice prit sa moue boudeuse puis elle se dérida et mit sous mes yeux une splendide robe beige à volants. Je m'installais dans la cabine, et ôtais un à uns mes vêtements puis j'enfilais la robe. Courte, aux reflets dorés, elle semblait avoir appartenu à une femme française des années trente, retenue par de fines lanières tressées, elle mettait en valeurs mes épaules maigres et pâles qui tranchaient avec les tons chocolats de ma chevelure ondulée. Alice était une merveille ,j'adorais sa dernière trouvaille et je m'imaginais déjà dans le luxueux salon des Cullen dans cette tenue. Toute excitée, je sortais en hâte de la cabine, tout sourire, les bras ballants.
_Tadaaaaam!!!!!....
je me heurtais net au regard d'acier de Edward Cullen.

Il me jaugeait depuis de longues secondes maintenant. Edward n'avait pas changé d'un iota. Même prunelles de miel, même teint d'ivoire,même reflets flamboyant dansant sur sa crinière brune. Seules ces cernes étaient plus prononcées, et accentuaient son regard de glace. Vêtu d'un jean gris foncé et d'une chemise marron, il me contemplait d'un regard morne. Ses lèvres tremblaient cependant il restait immobile.
Alice nous dévisageait, interdite. Elle n'avait pas revu son frère depuis un an et elle n'avait pas prévu cette rencontre, si j'en croyais l'expression torturée de son visage d'ange.


Edward Cullen


Ma soeur me noyait de son regard éberlué tandis que Bella venait de se cogner contre moi en sortant de sa cabine d'essayage. Ryn était encore dans les rayons en train de se chercher une énième robe noire. Je me demandais encore comment j'avais pu filtrer les pensées de ma soeur qui était d'ordinaire si bruyantes, certainement le temps, je n'avais plus l'habitude de sa voix . Pour l'heure, elle se posait une multitude de questions.

Pourquoi est il revenu? Va t-il me rejeter? Edward je sais que tu m'entends, fais attention à Bella, je t'en prie, je ne sais pas ce que tu es devenu, mais je la protégerais, quoiqu'il arrive. Je n'ai aucune confiance en ta compagne...

Ma soeur semblait en colère. Bella n'avait pas dit un mot, elle portait une robe de soirée magnifique, et je ne pouvais détacher mon regard de ses formes harmonieuses. Je maudissais le sort de m'avoir empêcher de lire dans ses pensées, car à cet instant j'aurais tout donné pour lire dans son esprit.
La petite ride entre ses sourcils était toujours bien là, et elle avait pris des couleurs. J'étais bizarrement heureux de la voir en forme, bien qu'au fond de moi un monstre empli de jalousie me frappait violemment le ventre. Si elle est si resplendissante aujourd'hui c'est parce qu'elle en aime un autre. Cette vérité s'imposait à moi aussi douloureuse qu'une marque au fer rouge.
Je me contenais. J'avais une multitudes de pulsions qui ne demandaient qu'à s'épanouir. Une envie de la serrer contre moi, d'embrasser ses boucles brunes, de humer son arôme si délicat. Une envie de la blesser un bonne fois pour toute, de mettre un océan entre nous deux. J'avais cru pendant si longtemps qu'elle était morte, j'avais porter son deuil, je m'étais emmuré dans une cage d'indifférence et de haine. Tout s'effondrait. J'étais devenu un autre homme, elle avait fait de moi ce monstre qui m'avait tant dégouté, des années auparavant. Il était trop tard.
_Bonjour, Edward. Articula la voix faible et grave de Bella Swan.
Elle avait du rassembler tout son courage pour prononcer ces deux mots. Ce courage, je ne l'avais pas, je crois que si j'étais seulement capable d'ouvrir la bouche, je l'aurais fait pour dire des paroles incompréhensibles, blessantes, folles. J'aurais pu lui dire que cette année venait de fondre en poussière, comme le chagrin de sa perte, j'aurais pu lui dire que je venais d'entendre mon coeur battre, aprés douze mois de silence.
J'aurais pu aussi lui dire de fuir loin de moi, de ne plus croire en moi, de me mépriser.
Non même ça je n'avais pas besoin de le lui dire, elle devait certainement le penser déjà.
_Edward, reviens s'il te plait... enchaina Alice, les yeux perdus dans le vide.
Finalement, je murmurais, comme pour moi même, tout en évitant les deux regards des femmes que j'aimais le plus au monde.
_Je tue Victoria et je rentre.
Puis je tournais les talons, fuyant mon passé et mon futur, encore et toujours. J'avais perdu cette bataille, d'avance.

# Posté le mardi 04 août 2009 16:36

Modifié le mardi 03 novembre 2009 08:53

Chapitre six ◘◘◘ guerre de glace ◘◘◘

Chapitre six   ◘◘◘ guerre de glace ◘◘◘
Bella Swan

C'est avec morosité que je me garais dans le parking grisâtre du lycée de Forks. Aujourd'hui plus que tout autre lundi, mon visage laissait transparaitre une humeur de chien. Ma vieille jeep crachait par tous ses conduits et peinait à calmer les soubresauts de son antique moteur. Elle cala alors que j'arrivais, dans un effort surhumain à effectuer une manoeuvre peu correcte, et je commençais à me demander si elle aurait la force de me ramener chez moi, à la fin des cours. Il me semblait que chacun de mes trajets pouvait être le dernier. Je soupirais en entendant quelques lycéens qui se moquaient encore du nuage de poussière et de fumée que je ne manquais pas de faire à chacune de mes pétaradantes arrivées.
D'un pas résigné j'avançais vers la salle d'Anglais, le nez au sol, essayant de me fondre dans la masse d'adolescents fébriles et bruyants.
_Bella .
C'était le ténor parfait d'Edward Cullen. Je l'aurais reconnu entre mille. Je levais les yeux vers sa silhouette musclée, ses yeux brillaient d'une intensité particulière, et je me retenait de ne pas courir dans ses bras, comme je l'avais si souvent fait auparavant. Cette année, il ne serait pas là pour moi.

Une petite voix nasillarde attira mon attention. Au cotés de mon ami se tenait une mince jeune femme, pâle comme la lune, dont les cheveux raides d'ébènes encadraient un visage de poupée. La jeune femme était le vampire dont m'avait parlé Alice, quelques jours plus tôt. Je palissais de jalousie devant la nymphe vêtue d'un jean slim noir ainsi que d'une agréable veste en cuir de la même teinte.

_Je te présente Ryn Amber Volturi. Ryn, voici Isabella Marie Swan, nous allons suivre plusieurs cours ensemble.
La voix mesurée d'Edward ne trahissait aucune émotion, et je pris sur moi pour ne pas fondre en larmes devant la nouvelle amie de mon vampire. Elle était tout ce dont j'avais rêvé, quelque mois auparavant. Ils allaient bien ensembles, leurs corps harmonieux avaient leur place l'un auprès de l'autre, ils ressemblaient à ces couples que l'on regarde de loin avec envie, ces couples si beaux et si semblables, destinés à ne faire qu'une âme.

Je murmurais un vague bonjour et me dépêchais de marcher vers mon pupitre, au fond de la salle.
Les heures passèrent avec une lenteur effarante, je griffonnais sur mon cahier les dernières inspirations artistiques qui me passaient par la tête lorsque la sonnerie retentit, enfin. Je me hâtais de rassembler mes affaires et quittais la classe, espérant semer au passage le nouveau couple le plus glamour de Forks.
_Bella!
La voix sourde et joyeuse de Jake me sortit de ma transe. Je me jetais dans ses bras et répondit à son baiser fougueux. Il me prit par la taille et m'accompagna sur le parking, vers l'amoncellement de débris mécanique qui constituaient ma voiture.
_Tu m'as tellement manqué... alors quel programme pour cette aprés midi? Demanda t-il, les prunelles brillantes d'enthousiasme.
_Si tu n'as rien contre quelques heures de bricolage, j'aimerais que tu jettes un coup d'oeil au moteur de ma camionnette, j'ai peur qu'elle ne finisse pas le mois.
_Avec plaisir, mon coeur, c'est comme si c'était déjà fait. Ça risque de ne pas être très passionnant pour toi, tu veux que je te conduise jusque chez Emily?
_Tu as raison ,je vais passer chez elle, mais ne t'en fais pas, j'irais à pied, j'ai envie de m'aérer l'esprit un peu...
Le visage de mon Indien s'assombrit légèrement et je décelais qu'il comprenait ma gêne et mon anxiété. D'un mouvement de menton, il fit allusion aux deux silhouettes fantomatiques qui nous fixaient de l'autre bout du parking.
_Je ne comprends pas pourquoi cette sangsue te suit partout. Je ne sais pas ce qui me retient de lui arracher la tête, d'ailleurs. Poursuivit Jake, de plus en plus furieux.
_Laisse tomber Jake, je t'en prie. Ce n'est rien. Je me fiche pas mal de leur retour à Forks, je ne veux pas me gâcher la vie avec ces histoires. J'ai rayé Edward Cullen de mon existence, alors fais en de même.
Je jetais un coup d'oeil vers le vampire et aussitôt, il détourna son regard. J'étais persuadée qu'il n'avait pas perdu une miette de notre conversation. Je me demandais si mes paroles avaient encore un impact dans son coeur, puis je pris la main de Jacob et le conduisit vers la portière de ma jeep, bien résolue à tourner le dos à Edward et Ryn Volturi.

La forêt déversait son manteau de verdure et d'humidité sur chaque parcelle de terre que je foulais. Son silence était apaisant, on entendait aucun bruit, comme si tous les animaux avait déserté cet espace moite et mousseux ou le soleil peinait à entrer. Je respirais plus facilement, vidant mon esprit à mesure que je m'enfonçais dans les bois. Si Jake insistait pour que je ne traverse pas les quelques hectares qui séparait sa maison de celle des Young, je l'avais rassuré, en marquant le fait que j'avais besoin d'un peu de solitude pour réfléchir. Je n'avais pas menti. Je voulais ce silence, c'était si reposant aprés l'intraitable bataille de pensées qui fourmillaient dans ma tête. Je dénichais une souche renversée et recouverte d'un lit de cresson pour m'asseoir, et je me laissait aller au gré de mes souvenir, bercée par le seul clapotis du ruisseau.

J'étais jalouse.

Je détestais ce sentiment. Je n'avais jamais conçu mon amour pour Edward avec cette idée de possession, après tout il ne m'avais jamais appartenu, je n'avais aucun droit sur lui ni sur sa vie. Mais je méprisais encore plus mon coeur car je n'avais pas le droit de ressentir cette amertume. J'aurais dû être indifférente à la nouvelle vie de Edward comme à l'arrivée de cette somptueuse femme qui lui tenait lieu de petite amie. Pour Jacob, j'aurais du accepté cette vérité et continuer ma vie d'alors. Mais cela, j'en étais incapable. Je projetais donc mon ressentiment contre Edward, et j'accumulais contre lui une haine sans pareille. C'était le seul moyen d'exister à ces yeux, me semblait-il, aussi pitoyable que ça puisse être.

Un léger bruissement se fit entendre dans mon dos. Je ressentais une présence derrière moi, une présence immobile. Comme si l'on m'observait depuis de longues minutes. Je me retournais, le souffle court et me retrouvais face à face avec un jeune homme au teint pâle, au long cheveux châtains clair qui cascadaient en de soyeuses boucles. Il dévoila une rangées de dents étincelantes et je levais les yeux vers son regards cramoisis. Décidément, je choisissais toujours les meilleurs moments pour retrouver nez à nez avec des vampires. Si j'avais été sauvée de justesse par la meute de Jacob lors de ma dernière entrevue avec Laurent, je doutais fort qu'ils puissent venir à mon secours à l'heure qu'il était. Sam était parti à la recherche de Victoria au canada avec une partie des loups. Jacob s'affairait dans son garage sur ma voiture. Quil et Embry devaient dormir comme des marmottes après leur dernières opérations nocturnes. La vérité, encore. J'étais seule, et je l'avais bien cherché.

_Je te retrouve enfin, Bella Swan... lanca d'une voix suave le traqueur.
_Vous venez de la part de Victoria...tonnais je, d'un ton rogue.
Je ne voulais absolument pas me démonter devant cet homme bien que je tremblais d'effroi. Il fit quelques pas dans ma direction.
_En effet, je m'appelle Ron, mais cela n'a pas la moindre importance.
Je reculais, indécise, cherchant dans les feuillages les prunelles incandescentes d'un loup. Rien. Je me retournais, et dans un élan désespéré je courrais dans les bois.
Peine perdue, il me devança et en quelques secondes, il fut devant moi. Le vampire s'empara de mon bras, et sans aucune difficultés il me jeta à même le sol.
_Tu n'iras nulle part, ma belle. J'ai une petite mission à accomplir, alors tu vas sagement me suivre.
Je poussais un cri, espérant que quelqu'un m'entendrait. Il prit mon poignet et je poussais un gémissement de douleur. Il s'approcha de mon visage et posa ses lèvres contre mon oreille.
_Chut, mon petit. Ce n'est rien en comparaison à ce qu'elle à prévu pour toi. Alors du calme...
Alors j'entendis un craquement sourd, horrible, ainsi qu'un soupir haché. Le vampire dèverouilla sa prise, et libéra mon bras. Je tombais contre la mousse, à demi consciente de ce qui se passait. Je roulais sur le sol, et aperçut dans un brouillard vague le traqueur à genou, en train de se faire démembrer par un vampire que je ne connaissais que trop.
_Edward...prononçais je, dans un sanglot.


Edward Cullen

Bella se tenait là ,immobile, alors qu'un vampire chuchotais à son oreille des menaces. Mon sang ne fit qu'un tour dans mon corps. Jamais je n'avais éprouvé autant de répulsion pour les membres de mon espèce et à cet instant je n'avais qu'une idée en tête, tuer. Je me jetais sur le dos du vampire et dans un mouvement souple je déboitais son crane du reste de son corps. Il lacha Bella qui s'effondra sur la terre jonchée de brindilles et de mousses. Furtif comme un aigle je resserrais ma prise et attaquais le vampire à chacun de ses points vitaux. Aro avait fait de moi le meilleur tueur de sa garde, et comme de vieux reflexes, j'appliquais sur Ron mes techniques de combats les plus meurtrières. En quelques secondes, je l'avais déjà ôté de ce monde, presque silencieusement. Personne n'avait le droit de faire du mal à Bella. J'inspectais les bois, à la recherche de Victoria. J'étais quasiment sûr qu'elle se tenait dans les parages, en train de nous observer, quelque part. J'entendis le souffle court de Bella, qui revenait peu à peu de ses émotions.
_Edward?
Je me rapprochais d'elle d'un bond, tout en prenant garde de vérifier qu'elle n'avait aucune plaie. J'arrêtais de respirer et je l'aidais à se remettre debout, pendant que j'époussetais ses vêtements de brindilles. Elle tanguait et je l'entourais de mes bras d'acier.
_Tu vas bien, Bella? Rien de cassé? Montre moi ton poignet, s'il te plait...
hébétée, elle se contenta de me dévisager, hoquetant de surprise. Je pris son poignet avec autant de douceur que j'en étais capable, et je découvrais deux hématomes bleuâtres qui commençaient à poindre sous sa peau blanche.
_Tu veux voir Carlisle?
_Non... c'est bon, merci... je, je... dois y aller...

elle baissa les yeux sur nos mains enchevêtrées. Je ne parvenais pas à me dégager d'elle, je respirais son parfum si frais, et je m'émerveillais encore de la douceur de sa peau. Je glissais ma main le long de son épaule, remontais sur sa clavicule, son cou. Elle leva les yeux vers moi, rouge comme une pivoine, des larmes pleins les yeux. Les miens étaient cramoisis comme le vampire que je venais de massacrer, pourtant elle ne détourna pas son regard. J'inclinais mon visage vers elle, et du menton je caressais son front, sa chevelure. Je plongeais mes prunelles dans les siennes, réduisant la distance qui nous séparait de quelques centimètres. Une décharge électrique se propagea de mon cerveau à chacun de mes membres. J'avais envie de ses lèvres, charnues et rougeoyantes contre les miennes. Je fermais les yeux, en proie à un de ces vertiges qu'elle avait le don de m'imposer lorsque nous étions un peu trop proches. Sa respiration s'accéléra et je resserrais mon étreinte, étrangement ravi d'être au bon moment, et au bon endroit, auprès de la personne qui me détestait le plus au monde.
_Bella! Vociféra Jacob Black, à quelques dizaines de mètres de nous.
Il marchait d'un pas décidé, tremblant de rage, les pensées bruyantes d'insultes de peur et de colère. Bella se dégagea de moi avec lenteur, fuyant mon regard,à présent elle volait d'un pas chancelant vers les bras de son loup garou d'ami. Il la serra contre lui, tout en vérifiant comme moi auparavant, si elle n'était pas blessée, puis il la porta loin, à une saine distance de moi.
Je levais les mains en l'air, posture innocente, et je tentais de lire les pensées de l'indien. Il me vouait une haine sans pareille. La tension était palpable entre nous.
_Ce vampire était à la solde de Victoria. Elle reviendra. Tu ferais mieux de la mettre à l'abri.
_Ne te mêle pas de ça, vampire. Retourne dans ton repaire de sangsues, nous n'avons pas besoin de toi, ici.
_Ce n'est pas ce que je dirais!
Clama derrière moi la voix claire de Ryn.
Elle se rapprocha de moi et posa sa main sur mon épaule.
_Je crois même que si Edward n'avait pas été là, ta copine serait morte à cette heure.
Bella nous observa longuement, puis elle se retourna vers le sentier, tandis que Jacob Black enserrait sa taille un peu plus fermement, les yeux furibonds, nous jetant tantôt des regards enflammés, tantôt les prunelles teintées par la peur.

# Posté le mercredi 05 août 2009 16:06

Modifié le mardi 03 novembre 2009 09:01

◘Chapitre Sept◘ réalité rêvée

◘Chapitre Sept◘     réalité rêvée
Bella Swan

Je courais à en perdre haleine. Devant moi s'étalaient les falaises escarpées de la Push, sanglantes arêtes pierreuses sur lesquelles le ressac se fracassaient dans un bruit assourdissant. Je ne me retournais pas, je savais qui était à ma poursuite, et je n'avais que peu de temps. Je l'avais vu de l'autre coté de la montagne, crinière de feu et de sang, emportée par le vent. J'avais observé le masque froid de son visage de neige. Elle avait sourit, d'un sourire pâle, presque comme si elle pleurait, comme si ce sourire évoquait pour elle plus une blessure qu'un plaisir. Victoria me souriait. Puis elle entama sa course. Je n'avais aucune chance de la semer, et la maigre distance qui nous séparait ne cessait de se raccourcir à chacune de mes foulées. Je ne lui laisserais pas mon corps, pas cette chance ultime de savourer sa vengeance. Je priais pour qu'un loup se promène sur la plage à cette heure matinale. Un loup qui finirait sa tâche après ma mort. Il ne restait plus que quelques mètres entre moi et l'abîme. J'avais déjà sauté auparavant, le plus dur n'était pas la chute. J'anticipais déjà la douleur du choc, celle du sel dans ma gorge, de l'eau dans mes poumons. L'orage ne menaçait pas aujourd'hui mais j'espérais que l'océan en finirait rapidement avec moi. L'océan était moins cruel que Victoria.
Du moins, je l'espérais.

Je criais.
C'était mes dernières secondes, mes dernières paroles et rien ne semblait vrai. Je n'avais pas choisi. La vie, la mort, Jake, Edward. De toutes manières, plus rien n'avait d'importance, un vampire allait me tuer à cause de mon passé, à cause d'un amour qui n'aurait jamais dû naitre, ni exister. J'allais mourir à cause d'Edward, j'aurais pu le détester pour cela. Pourtant je ne ressentais rien. Il y avait juste ce silence apaisant alors que je chutais. Je filais à travers l'onde, il n'y avait eu ni éclaboussures, ni choc, je m'enfonçais profondément dans les eaux calmes et noires de la Push. Je fermais les yeux. J'attendais la délivrance, la lumière au bout du tunnel, celle que l'on doit fuir habituellement.
Une prise de glace. Elle était là. Ses mains fermes m'enserraient sans aucun effort, presque trop tendre pour celles d'une meurtrière. Je me laissais aller entre les courants, prisonnière de mon bourreau, tandis que la lumière du soleil peinait à filtrer entre les vagues. Je montais vers la surface, toujours accompagnée par les bras de neige de mon assassin.

Je n'avais même pas eu le temps de mourir. Je remontais, indolente, triste. Je n'étais ni morte, ni noyée. Presque en forme pour subir les tortures de Victoria. Allongée sur la plage, tournant le dos à Victoria, je recrachais l'eau de ma bouche, malheureuse de ne pas sentir mes poumons s'enflammer.
Je levais le visage vers celle qui attendait son heure depuis des mois. Mais je ne vis pas sa chevelure de feu, ni ses lèvres de sang. Devant moi se tenait Edward. Trempé jusqu'aux os, il regardait les alentours. Les gouttes perlaient de son front d'ivoire, de ses mèches d'or et de cendres, il me jaugeait silencieusement, guettant ma réaction.
_Tu es sauvée, murmura t-il, lointain.
Il se rapprocha de moi, insensible à mon yeux noyés de larmes. Il posa sa main sur la joue, caressant les sillons tracés par mes pleurs silencieux. Il inclina son visage vers moi, et son haleine effleura ma bouche. Ce même parfum enivrant que je n'avais jamais su oublier. J'entrouvrais mes lèvres, fermait les yeux, savourant ce moment impossible. Edward se pencha et m'embrassa avec douceur, tandis que nous roulions docilement enlacés l'un à l'autre sur la grève.
Je m'accrochais à son torse de toutes mes forces, attachaient mes doigts à ses boucles humides,goutant sa peau, ses lèvres, son cou. Je me cramponnais toujours plus fort contre l'étau d'acier qui se desserrait, qui peu à peu se délitait, qui devenait de l'eau, noire.

Je criais.
Je me réveillai en sueur, étourdie par la poignante réalité de mon rêve. Ma respiration saccadée n'en finissait plus de s'accélérer, et je sentais que mon coeur allait me lâcher.
_Bella! Bella!
La voix ensommeillée de Jacob, à côté de moi, me calma net. Il me serra contre lui, caressant mon dos, lissant mes cheveux, prêt à tout pour m'aider à reprendre vie.
_Bella, calme toi, ce n'était qu'un rêve... Bella mon ange, tu vas bien?
Je passais ma main sur mon front brulant et reprenais peu à peu un rythme régulier. Je me rallongeais, fixant le plafond, les yeux embués de larmes. Ce rêve me semblait plus vrai que nature, plus reél qu'aucunes de mes hallucinations. Mon corps semblait me crier cette vérité, ainsi que mon coeur. Je me roulais contre le torse de Jacob, la voix sanglotante.
_Pardon de t'avoir réveillé... tu as raison, ce n'était qu'un rêve... murmurais je, tourmentée par de multiples sentiments contradictoires.
Était ce de la joie, de l'espoir, de la honte, de la tristesse, de la colère, de la rancune? Tout se mêlait en moi dans un joyeux tourbillon d'émotions.

Je me réveillai le lendemain, bercée par les bras musclés de Jacob. Ce n'était pas nouveau. Jacob dormait auprès de moi depuis plusieurs mois même si nous n'avions pas exactement les mêmes rapports que de nombreux couples d'adolescents de Forks. Notre relation était ambigüe. Je désirais Jake par bien des aspects, cependant je ne m'étais jamais sentie vraiment prête à aller plus loin avec lui, de toute manière, lorsque l'idée nous avait effleuré, nous avions toujours été coupés dans notre élan, par je ne sais quels aléas de sa vie de loup garou. De plus Jacob n'était plus très sur de lui, il maitrisait encore assez mal sa nouvelle nature de loup, et il avait souvent peur de ses propres réactions, ainsi nous avions tacitement été d'accords pour en rester là, physiquement.
Mais je n'ignorais pas que ce n'était qu'une question de temps. Lui comme moi, savait que notre amour devait s'épanouir, et je me laissais séduire par la perspective qu'un jour nous concrétiserions cet amour, de la plus belle manière qui soit.
En attendant, Jacob avait la permission de dormir auprès de moi, ce qui ne lui déplaisait aucunement, sachant que des vampires rodaient autour de moi, désormais.

Edward Cullen

Elle avait mal dormi, si j'en croyais son humeur ce matin. Bella semblait particulièrement en colère contre moi, pour des raisons que j'ignorais. J'inclinais légèrement mon visage en passant devant elle, signe évident de courtoisie, et ne récoltais qu'un regard noir et hostile. Ryn éclata de rire.
_Mon ami, on appelle ça un vent, en bonne et due forme! S'amusa t-elle.

Perplexe, j'essayais de me remémorer mon attitude de la journée, si j'avais dit une phrase blessante, ou été trop proche de Ryn. Je me tenais à quelques distance de la séduisante vampire, je craignais secrètement que Bella nous crûs ensemble. Puis je soupirais, cette haine ne datait certainement pas d'hier, elle avait toutes les raisons de me détester en fait, j'avais brutalement coupé les ponts avec elle, alors que nous étions amoureux. Si notre rupture datait d'un an, Bella me tenait toujours coupable de la blessure de son coeur, et je lui donnais raison.

_Je pense qu'on perd notre temps, ici, Edward. On pourrait aller traquer chaque terre de cet état minuscule, au lieu de passer des heures dans ce lycée.
_C'est l'ordre de Aro. Il tient à ce que je réintègre ma vie d'autrefois. N'oublie pas qu'il nous a lui même inscrit ici, alors obéissons
, la coupais je, glacial.
_Victoria fomente un coup d'état, nous lui laissons chaque jour plus de chance de réussir. Et sans vouloir être méchante, tu sais mieux que moi contre qui elle dirigera son armée, une fois terminée...
_Bella! Je le sais bien. Mais les ordres sont les ordres, et je m'y plierais. J'ai déjà promis à Aro comme à Bella que je ne m'immiscerais plus dans son existence. C'est une humaine, Ryn.
_Ce n'est pas ce que j'ai vu, hier. Lâcha t-elle, sournoise.
_Elle allait mourir! Et puis ce vampire était une piste, il nous rapproche de notre but : Victoria.
_Tu as tué notre unique piste, tu veux dire! Nous aurions pu le faire parler, avoir des renseignements. Non, Edward, et hier, tu n'as pensé qu'à elle.

_Ca suffit, le cours va commencer.
Je m'installais derrière mon pupitre, impatient de mettre fin à cette conversation. Ryn avait raison, j'avais failli à ma mission, j'avais sauvé Bella au lieu de recueillir de précieuses informations. Ron aurait pu nous être utile. J'avais fais confiance à mon instinct et il s'était révélé faible : j'avais encore des sentiments pour Bella Swan. La forteresse de solitude et de colère que j'avais dressé entre nous s'était écroulée au moment même ou je l'avais vu en vie, dans le regard de Jacob Black.
Mais cela n'avait plus aucune importance. J'avais fait un serment d'allégeance au Volturi, et je ne pouvais pas faire marche arrière. J'avais mes raisons : d'une part, pour le bien de Bella, je n'aurais jamais dû être son petit ami, c'était la mettre en danger à chaque seconde, la plonger dans un monde sombre qui n'était pas le sien, ma vie était sa mort et elle ne méritait pas cela, elle valait bien mieux. D'autre part, j'étais un vampire, j'avais essayé de fuir ma nature en vivant auprès de Carlisle, mais la vérité m'apparaissait avec clarté, je n'avais jamais été moi même. Je n'avais connu que privation pour une pseudo existence humaine. J'avais convoité une vie qui n'était pas la mienne, jamais je ne serais un homme banal, capable d'aimer et d'être aimé en retour. Il fallait que je cesse de me voiler la face, c'était cela la mission d'Aro. Il voulait me faire grandir, me faire comprendre le vrai but de mon existence. Carlisle et Bella en étaient les obstacles.
_Edward?
Je levais la tête, tout en reprenant mes esprit. La sonnerie avait sonnée depuis plusieurs secondes, et je restai figé comme une statue, perdu dans mes pensées. Ryn me donna un petit coup dans l'épaule, afin que je reprenne une apparence d'adolescent. Je me levais d'un bond et plongeais mon regard dans mon emploi du temps : sport. Je soupirais. Je détestais le sport au lycée, c'était plus une matière pour tester ma retenue que pour me dépasser. Je pris donc le chemin des vestiaires avec réticence, tandis que Ryn quittait le lycée, soulagée d'avoir quelques heures pour s'adonner à la traque de Victoria.
_Tu veux l'engagement? Murmura une voix que je connaissais depuis des décennies.
J'étais sur le terrain de basket, prêt à jouer lorsque je me retournais face à Jasper.
Je pris une profonde inspiration, naviguant dans ses pensées à la recherche de ses sentiments. Il n'était pas en colère, juste triste. Jasper souffrait en silence. Il se sentait mal, il s'en voulait.
D'un geste, j'acquiesçais et pris la balle au bond. Je courrais vers le panier, distançant mes adversaires, le plus humainement possible. Je marquais. Les pensées de Jasper envahirent à nouveaux mon esprit. Il faisait défiler dans mon crâne les dernières minutes de notre vie de frères, passant rapidement sur l'anniversaire manqué de Bella, sur ma colère lorsque il avait voulu l'attaquer. Il m'envoya furtivement des images de notre passé, de nos disputes avec Emmett, de nos réconciliations, de nos chasses. Il avait marqué un point. Je levais les yeux vers lui, et aperçut derrière lui Alice qui m'observait avec acuité. Alors je courrais vers la porte, désirant fuir plus que tout, les pensées de ma famille d'alors.

# Posté le vendredi 07 août 2009 08:57

Modifié le mardi 03 novembre 2009 09:15

Une nuit de lumiére

Une nuit de lumiére

Jacob se leva avec lenteur. Ses prunelles sombres cherchaient les miennes, et j'avais toutes les peines du monde a lui dissimuler mon visage. J'étais un livre ouvert, il était si facile de deviner mes pensée, juste en m'observant. J'étais énervée par cette faiblesse, et je fis semblant de me préoccuper de la route, plutôt que de me retourner vers mon ami. Nous étions sur la route mouillée qui ralliait la réserve Quileute à la petite bourgade de Forks.
Les essuies-glaces faisaient un va-et-vient agaçant contre le pare choc martelé de gouttes d'eaux.
_Tu ne me dis plus rien, Bella.
Ce n'était pas une question, juste une affirmation. Le timbre rauque de Jacob laissait transparaitre une tristesse si profonde. Je pris une inspiration, tachant de paraître la plus naturelle possible, je ne savais pas mentir, hélas.
_Excuse moi, Jake, je crois que je réfléchis trop en ce moment... je te laisse un peu de coté, c'est ca? M'enquis je avec anxiété.
_Tu n'as rien a te faire pardonner, c'est pas facile pour toi en ce moment, je peux le comprendre, plus que n'importe qui... murmura t-il.
Je lâchais le volant un instant, et posais ma main sur le jean de mon ami. Il prit ma main dans la sienne et caressa mes jointures blanches, avant de me la rendre.
_Je veux juste que tu sois heureuse... on pourrait passer plus de temps ensembles si tu veux...
je répondis à sa requête par un faible sourire. En vérité, j'étais à des milliers de kilomètres de mon ami, mes pensées vagabondaient dans un monde un peu trop obscur, celui de mon passé.
_... Qu'est ce que tu en dis? Si on part vendredi matin, on peut se faire un weekend de quatre jours, on peut aller camper vers Quidsack même!
Jake avait des projets, il était capable de passer toute la soirée à réfléchir au moyen de me redonner la joie. Je me sentais coupable de réfréner ses envies.
_Je crois que Charlie ne sera pas d'accord si je sèche les cours du matin, Jacob... n'oublie pas que je redouble, répondis je d'un ton un peu trop sec.
Il poussa un soupir.
Nous approchions de Forks, déjà les premières maisons apparaissaient au delà du brouillard épais.
_Des fois, Bella, je me demande si ce n'est pas moi que tu fuis... lacha t-il aprés un long silence.
Je freinais par pur réflexe et me garais sur le bas coté. Les émotions me submergeaient avec violence. Je n'arrivais même plus a ouvrir la bouche, tant j'étais envahie par la culpabilité, par des tonnes de questions qui revenaient sans cesse, par cette vérité presque incontournable. Jake n'avait pas tort, pire encore, il avait raison.
Il reprit la parole avec une voix grave, presque dénuée d'émotion, il parlait comme s'il tentait d'imiter un adulte.
_Bella, je sais que je ne suis pas le meilleur petit ami qui soit. Je te laisse souvent tomber pour des missions, je... j'ai un corps de Loup garou qui n'est pas évident à gérer, ni pour toi ni pour moi... je .je débarque dans ta vie aprés une histoire compliquée, mais... enfin, je t'aime, et je pensais que ça suffisait...

je frémissais.
La suite me faisait peur. Il fallait que j'intervienne. Je n'était peut être pas assez franche avec lui, et aussi avec moi, mais si j'ignorais ce que je voulais, à savoir lui ou Edward, a cet instant je savais exactement ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas qu'il me quitte. Je ne voulais pas être abandonnée. Je ne me savais pas capable d'encaisser une souffrance aussi forte. Pas maintenant. Je n'en avait pas la force. C'était lâche, j'en avais conscience, c'était même horrible comme comportement, monstrueux.

D'un geste, je me renversais sur le coté de la cabine, et je me retournais pour me retrouver dans les bras de Jacob. Il fut surpris par la vivacité de mon acte, et je pris l'avantage. J'enroulais mes bras autour de son cou, et installais mes jambes de part et d'autre de sa taille. Il était presque prisonnier et j'étais sa cage. Je pris en moi tout ce qui me restait de courage, et je levais les yeux vers ses iris incandescents. Il brulait d'une passion contenu, il respirait à peine. Son visage doré était tendu, entre la souffrance, l'incertitude et le désir. Il avait peur.

Peur de rester avec moi, peur de me quitter. Je me balançais dans son destin et chaque mouvement, chacune de mes décisions avait un impact dans sa vie. J'étais cruelle. Je soutins son regard pendant de longues secondes, et rapprochais mes lèvres des siennes. Je me cramponnais un peu plus fort contre son torse, résolue à ne pas le laisser s'enfuir, j'avais bien trop peur. Je plaquais enfin mon visage contre sa joue, savourant la douceur de sa peau, le parfum boisé de son cou. Je l'embrassais. Il répondit a mon baiser avec une fougue qui me destabilisa. Je croyais son amour perdu, déchiré. Il me serra un peu plus et caressa mes hanches, glissa ses mains sous mon pull, à la recherche de ma peau. Je repris ses lèvres avec une force que je ne connaissais pas. Mes mains traçaient des sillons dans ses cheveux d'encre, s'y accrochaient, l'obligeant, l'attirant contre moi. Sa respiration devint saccadée, mon coeur résonnait dans mon torse comme un tambour battant, l'air me manquait. Je poussais un soupir, tandis qu'il embrassait le creux de mon cou avec passion. Je le désirais, et j'aimais cela. Quelle délicieuse torture, je savais que je n'étais pas capable d'aimer Jacob assez fort et pourtant, je ressentais un besoin intense de lui, de sa force, de ses bras d'amour. Il me fit rouler sur la banquette avec délicatesse, puis il inspecta les environs. Il commençait a faire nuit, et le brouillard qui nous protégeait des regards indiscrets étaient plus qu'épais.
_Bella... murmura t-il, les yeux embués de larmes.
_Ne me quitte pas, Jake, je t'en prie, j'ai besoin de toi... ce soir... prononçais je dans un soupir.
Il caressa mon menton puis lova le sien sur ma poitrine. Je caressais ses cheveux tout en reprenant une respiration réguliére.
_Ok... je serais là. Je n'ai aucune intention de te laisser partir Bella. Tu es à moi, pour toujours.
Puis il se redressa, je m'installais à nouveau devant le volant, remis de l'ordre dans mes vêtements et mes cheveux, puis je remis le contact. Je rentrais au bercail.


Charlie ronflait devant l'écran plat. Les mariners essuyaient une cuisante défaite, et j'étais rassurée que le sommeil lui épargna cette nouvelle. Je laissais entrer Jacob, incapable de le retenir plus longtemps loin de moi.
_Monte, je te rejoins dans un instant.. murmurais je contre son oreille, avant de l'embrasser à pleine bouche. Un feu dévorant brulait en moi et je sentais que la situation prenait un tour inattendu. J'entendis les pas légers de mon ami dans les escaliers, et je me dirigeais vers le salon. Je dépliais une couverture chaude au dessus de mon pére, espérant qu'il ne se réveillerait pas dans la nuit. Oh et puis ce n'était pas comme si Jake dormait avec moi pour la premiére fois! Sauf que cette fois ci c'était différent, je le savais, et cette simple conviction irradia mes joues.
Je grimpais les marches de bois, essayant au passage de faire le moins de bruit possible, puis j'allais directement vers la salle de bain. La vapeur d'eau chaude sur le miroir m'indiqua que Jacob venait d'en sortir. J'otais mes vêtements et me glissais dans la cabine. L'eau brulante me détendit, je respirais bien plus librement. L'image d'Edward s'imposa à moi, quelques secondes. Je contemplais alors ses traits parfaits, les larmes aux yeux. J'enfilais autour de moi une serviette et commençais à me sécher.
Pardonne moi, Edward. S'il te plait.
J'ouvrais la petite armoire, enfilais un t shirt long, rouge avec des lignes grises, puis j'ouvris la porte. À pas de loup, je dépassais le couloir et entrais dans ma chambre. Une lumiére tamisée éclairait les abords du lit ou Jacob se tenait. Il s'était allongé, vêtu de son short, ses muscles luisaient sous l'éclat doux de la lune. Je refermais la porte derrière moi, et avançais, décidée, vers mon ami.
Je grimpais sur le lit, passais au dessus de lui, mes cheveux retombant sur son visage. Alors il m'embrassa, se nichant contre mon cou, puis murmura un je t'aime à mon oreille. Je fis pleuvoir quelques baisers, tracant un passage vers ses lévres. Dans un geste souple, il m'enleva dans ses bras et fit glisser un peu plus bas mon t shirt tandis que je l'enserrais avec force.
_Je t'aime,soupirais je, avant d'oublier le visage d'Edward et de graver à jamais dans mon coeur et de mon corps celui de Jacob Black.

# Posté le mercredi 28 octobre 2009 20:01

Modifié le mardi 03 novembre 2009 09:23